• Un week-end à la croisée des chemins

    En cette période d’équinoxe, temps permettant, on gagne beaucoup à quitter de bonne heure la chaleur des draps. Ce dimanche 16 septembre, il faisait bon pouvoir assister au lever du soleil, histoire de se convaincre, si tant est que cela soit encore nécessaire, que nous avons, nous autres les Terriens, mille et une raisons, d’apprécier ce qui fait le sel de la vie, à Kermouster comme ailleurs. Nous devons avoir conscience d’être les acteurs spectateurs privilégiés du plus beau spectacle qui soit : la nature en mouvement. Soit en baissant les yeux, soit en levant le nez au ciel, nous pouvons, sans bourse déliée, savourer le plaisir d’être.

     Ce dimanche, le hameau se trouvait en quelque sorte,  depuis la veille,  à la croisée des chemins. Dernière journée d’un week-end dédié à la défense du patrimoine, mais qui aura été marquée par le  cinquantième anniversaire de la création du GR 34, sans oublier la World CleanUp Day, c'est-à-dire la journée mondiale du « grand nettoyage ». Dans quelque 130 pays, des bénévoles ont retroussé leurs manches, ce samedi, pour s’en venir récupérer les déchets qui polluent leur lieu de vie.

      Même s’il convient d’y penser encore et encore, sur ce dernier point, les Kermoustériens ont pris quelques longueurs d’avance puisqu’en juin dernier, comme ils en ont désormais l’habitude, ils se sont retrouvés sur l’estran pour récupérer les détritus que la marée nous ramène ou que quelques négligents laissent traîner, souvent volontairement. Le hameau prend donc sa part dans cette lutte qu’il nous faut mener contre les travers de notre société. Dans son propre intérêt, bien sûr, mais ce faisant, dans l’intérêt général. Nous sommes tous éco-responsables. Pour nous éviter d’avoir à user trop souvent de l’huile de coude ou à dénoncer les insuffisances de nos élus en la matière, il nous suffit d’opérer à la source du problème, c'est-à-dire, par nous-mêmes,  en évitant le geste inconséquent.

     Pour ce qui est du patrimoine, là encore, le réflexe citoyen doit jouer son rôle. Cela s’est vérifié à Kermouster, tout particulièrement pour ce qui concerne la sauvegarde du patrimoine de la chapelle. On ne peut que se féliciter de voir que nos élus ont eux aussi pris à cœur d’ouvrir ce dossier, même si la problématique financière qu’il  leur pose relève du casse-tête. D’autant qu’ils n’ont pas ce seul édifice religieux à gérer.

     Nous ne leur reprocherons pas d’avoir privilégié, pour cette journée du patrimoine,  la chapelle Kermaria, celle de Kermouster étant restée fermée tout au long du week-end. Cette chapelle de l’intérieur aussi doit faire l’objet d’une attention soutenue. Et nous n’oublions pas le chantier colossal de l’église Saint Jean Baptiste du bourg, ni les autres sites n’ayant aucun caractère religieux qu’il faut pouvoir au moins maintenir en l’état.

     Pour ce qui est du GR 34, dont la création a été initiée par un Lanionnais, Kermouster est comme qui dirait en pôle position entre Le Mont Saint Michel et le pont de Saint-Nazaire. Le point de vue que le hameau offre sur l’horizon marin est, nous sommes bien placés pour le savoir, remarquable. Ce GR est assurément un outil indispensable à la promotion de la Presqu’île dans son ensemble. Son label Presqu’île sauvage ne peut qu’attirer les passionnés de la vie au grand air.

     A ce titre, nous émettons une suggestion. Faire en sorte que le hameau soit bel et bien notifié dans l’itinéraire qu’emprunteront de nouveaux marcheurs dont le nombre ne peut aller qu’en grandissant compte tenu des vertus de plus en plus partagées de la marche à pied. Ce qui nous amène à parler du devenir de La Cambuse, un lieu de vie à valeur patrimoniale.

    La Cambuse sur le GR 34

     Le regret de la disparition de Sylvie Çaldugaray  est toujours vif, mais il nous faut, à raison, poser la question du devenir du café épicerie. Du côté de la mairie, on laisse entendre que les demandes ont afflué et qu’il y a des projets pertinents. Le sont-ils eu égard à ce qui nous semble être les caractéristiques du lieu ? Nous ne devrions plus tarder à le savoir.

     De notre point de vue, il faut que les parties prenantes soient bien conscientes qu’un tel établissement ne pourra pas s’affranchir des contraintes de son environnement. Il ne faut pas rêver faire ici de colossaux bénéfices. Tout au long des mois d’hiver, le hameau campe dans un superbe isolement. Ce n’est qu’au printemps et jusqu’aux premiers jours de la chute des feuilles qu’il suscite la curiosité des amoureux de beaux paysages.

    Pour autant, La Cambuse, dont il serait désobligeant de changer le nom, demeure un lieu de vie du quotidien. C’est comme qui dirait la plaque tournante de la vie sociale. Nous ne pouvons donc qu’inciter les futurs gérants du lieu à emboîter leur pas dans celui de  Jean-Michel et Sylvie Çaldugaray. Ces amis aujourd’hui disparus ont su « redonner une âme » à ce qui fut, pour un certain nombre de kermoustériens, la case départ du chemin vers la connaissance.

    Dans cette ancienne école, les murs suintent d’un long vécu. Il faudra donc faire preuve de tact, ce qui, bien évidemment ne doit pas empêcher ces futurs nouveaux amis d’y apporter leur propre touche. Qu’ils le sachent déjà : ils sont les bienvenus.

    Un week-end à la croisée des chemins


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  • Le Pardon sous la clémence du ciel

    Entre le pardon et le pèlerinage, la nuance est grande. La Bretagne, comme on le sait, est riche en fêtes religieuses qui honorent localement un saint. Il en est ainsi de Saint Modez  dont les fidèles cultivent la mémoire dans plusieurs localités de la Presqu’île. Cela n’a rien à voir avec le Tro Breiz dont nous avons eu l’occasion de parler récemment puisque les pèlerins ont été amenés, cette année, à faire une halte à Kermouster. Ce jour là, quelque 1700 personnes ont foulé les chemins qui mènent, par la côte, de Pleubian à Lézardrieux. Ce dimanche 26 août, jour de pardon dédié à Saint Modez, on n’était plus dans cet ordre de grandeur. Pour autant la chapelle s’est avérée, une fois encore, trop petite pour accueillir tout son monde.

    Au lendemain du recueillement autour de la dépouille de la regrettée Sylvie  Çaldugaray, il aura fallu, comme si de rien n’était, penser aux préparatifs des festivités qui encadrent, dès le samedi et jusqu’au lundi, la cérémonie religieuse. Une grosse poignée de bénévoles s’est activée ce jour là à préparer les allées pour les concours de boules et à souquer solidement le barnum qui sert à la fois de salon de thé et d’abri en cas de pluie.

    Le Pardon sous la clémence du ciel

     Tout au long de ce week-end, le vent aura été de la partie, notamment, dimanche, en fin de matinée, quand la traditionnelle procession s’est mise en branle pour rejoindre le calvaire. Alors que sur le plan d’eau du Ferlas se disputait la toute aussi traditionnelle régate des Lilas blanc de Loguivy-de-la-mer, les bannières n’avaient rien à envier aux voiles des bateaux. Ça soufflait trente cinq nœuds. Ce qu’il faut pour animer une régate, mais pas au point de mettre à terre les préparatifs mis en place sur le parking de l’île à Bois. Suffisamment quand même pour éloigner, au moins durant quelques heures, le risque de pluie, préjudiciable à la réussite de ce rendez-vous festif

    Le Pardon sous la clémence du ciel

    La cérémonie religieuse a pris un peu plus de temps que d’habitude, mais, le père Yves, qui officiait ce jour là, a eu à baptiser deux enfants. La communauté catholique recevait en son sein, ce dimanche, Lucas et Emilien. De l’épître aux Ephésiens nous ne dirons rien, n’ayant pas été présent et n’étant guère familier des lectures du Nouveau Testament, mais nous avons ouï dire que cela avait quelque peu interpellé l’assistance. En bien ? En mal ? Seuls celles et ceux qui ont écouté le sermon seraient en mesure de le dire.

    Le Pardon sous la clémence du ciel

     Après la procession, qui cette année ne bénéficiait pas de la présence des cornemuses et bombardes, tout le village s’est réuni sous un barnum installé à même le point de vue, à deux pas de La Cambuse. Le pot du maire fait aussi partie de la tradition. Nous ne ferons pas le reproche à Marcel Turuban de n’avoir pas saisi l’occasion pour tenir un discours nous faisant part des intentions de la commune concernant l’avenir du café épicerie. Quarante huit heures tout juste après avoir honoré la mémoire de Sylvie au cimetière, l’heure était encore à la décence. Il faut savoir donner du temps au temps.

    Le Pardon sous la clémence du ciel

    La fête du dimanche après-midi aura bénéficié d(un temps agréable et s’est déroulée dans un fort courant de sympathie. Pour l’Amicale de Kermouster, elle constituera un bon cru.

    Les jeux en bois n’ont pas connu de temps morts. Les préposées aux crêpes n’ont eu de cesse de faire fonctionner l’huile de coude. Entre l’incontournable riz au lait et les crêpes, vingt litres de bon lait de vache, généreusement offerts,  y seront passés.

    Le Pardon sous la clémence du ciel

     

    Le Pardon sous la clémence du ciel

    Le Pardon sous la clémence du ciel

    Le Pardon sous la clémence du ciel

    Le Pardon sous la clémence du ciel

     Pour mémoire on retiendra que la traditionnelle bourriche contenant des surprises pesait très exactement 18,760 kilos. Une seule gagnante cette année. Quant à la loterie elle n’aura fait que des heureux, alors qu’autour de la buvette les commentaires allaient bon train sur les résultats des deux premiers concours de boules.

    Le Pardon sous la clémence du ciel

    Là encore un bon cru : 35 doublettes le lundi, 32, le dimanche Il y en aura 20 le lundi. On ne saura jamais assez remercier la municipalité d’avoir su répondre à l’attente des organisateurs. Les services techniques, Pierrick se reconnaîtra, ont donné au plateau des jeux une surface roulante à souhait.

    Samedi, pour cause de nuit tombante, les demi finalistes se partageront les deux premiers prix. Idem le lendemain, cette fois pour cause de pluie, puisque pluie il y aura quand même eue en toute fin d’après-midi. Bis repetita placent lundi, mais cette fois pour  le motif que les prix répartissant la somme des engagements n’avaient pas été calculés, ce jour là,  de la meilleure manière qu’il soit. Pas assez équitables!

    Le Pardon sous la clémence du ciel

    Le Pardon sous la clémence du ciel

     Un des demi-finalistes exprimera clairement ce mécontentement, somme toute passager : « Nous ne jouons pas pour l’argent ». Une affirmation ô combien rassurante et qui nous fait penser que la relève est sur la bonne trajectoire. Car relève il y a ! Cette année encore, les jeunes ont tenu tête aux vieux de la vieille.

    Nous voulons croire que Maël et Titouan, auxquels sera remis le trophée récompensant des jeunes talents, se sont remis de leur défaite en finale…de la consolante de lundi. L’échec est formateur. En tout cas, un beau point final pour ces trois jours de pardon qui ont bénéficié de la clémence du ciel.

    Promis, juré ! Le concours de l’an prochain sera irréprochable. Ils seront même d'équerre avec le règlement de la Fédération nationale des sports en milieu rural, puisque, là encore, on nous a gentiment glissé le conseil dans l'oreille. La seule garantie sur laquelle l'Amicale ne peut se prononcer tient au temps qu’il fera. Mais qu’on se le dise, à Kermouster, on a l’art et la manière de passer à travers les gouttes.

     

    Le Pardon sous la clémence du ciel


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  •  Sur le lit du grand départ, elle avait un visage d’ange. Sylvie  reposait déjà dans le pays de nos souvenirs, comme apaisée. Elle aura mené, durant de longs mois, un rude combat, avant de rendre les armes. Elle n’avait que soixante ans.

     Ce jeudi matin 23 août 2018, un léger vent tiède soufflait au-dessus du petit cimetière où elle allait prendre demeure. Dans ce caveau familial où repose, depuis tant d’années, cette sœur qui n’aura pas eu la chance de grandir, fauchée à la fleur de l’âge par une balle perdue d’un chasseur. Première grande souffrance.

     Tous les gens du village étaient au rendez-vous, mais aussi d’autres amis de la presqu’île et d’ailleurs. Pour soutenir Charles et Alexandrine, ses enfants, et leurs familles, dans ce qui se vit toujours comme une rude épreuve. Une cérémonie tout en sobriété, sans grandiloquence. Des chansons choisies judicieusement par ses enfants. Et des paroles chargées d’émotion sincère.

     C’est son cousin, Marcel Turuban, par ailleurs maire de la commune, qui nous a rappelé ce que fut son cheminement. Kermouster lui a donné vie, mais c’est sous d’autres cieux qu’elle aura vécu sa vie de femme. Dans les pas de Jean-Michel, son militaire de mari.

     Çaldugaray qu’il s’appelait. Un Basque, mais Breton de cœur. Aucun doute là-dessus ! Jean-Michel lui a d’abord fait connaître son pays, puis ce sera, entrecoupé d’autres affectations,  l’Afrique et la Guyane. Il était parachutiste.

     Carrière terminée, c’est à Kermouster qu’ils ont alors choisi de s’en revenir. Jean-Michel nous a quittés, en plein coeur de l’été, voilà trois ans. Sylvie est restée à la barre. L’un et l’autre ont su redonner vie à ce qui fut l’ancienne école de Sylvie.

     Les témoignages qui suivent traduisent parfaitement le sentiment général. La Cambuse a redonné du souffle au hameau. Plus qu’un simple café épicerie, ce fut un lieu de vie, un point de rencontre qui a gommé le risque du repli sur soi.

     Dans le petit cimetière de Kermouster, il y avait de nombreux enfants. Derniers jours de vacances. Peu encline à parler d’elle, il aura fallu attendre ce jour pour apprendre que Sylvie a d’abord exercé le métier de puéricultrice. Sylvie aimait les rires des  enfants.

     Elle n’était pas en reste pour leur glisser gracieusement dans la main quelques sucreries. Plus tard, beaucoup plus tard, ces enfants évoqueront, à leur tour, son souvenir. Ils savaient trouver refuge chez elle. Rien que pour eux, elle avait tenu à installer un coin bibliothèque.

     Charles et Alexandrine ont eu la gentillesse d’inviter qui voulait à venir trinquer à la mémoire de leur mère. La Cambuse, le temps d’un adieu, a rouvert ses volets. Une dernière aubade, L’Auvergnat a capella, à même la terrasse du café épicerie, dans l’ancienne cour d’école. Sylvie aimait aussi Brassens. En ces derniers instants de partage, le ciel s’est mis à pleurer. Un léger crachin à l’heure de la renverse de la marée.

     Sylvie avait du cœur. Elle aura su toucher le nôtre.

     

     

    Sylvie restera vivante dans nos coeurs

     

     Sylvie est née à Kermouster. C'est là qu'elle a été à l'école. C'est là aussi qu'elle a fini son chemin. Entre les deux, une vie de femme, une vie de mère avec ses joies, ses difficultés, ses peines.

     

     Avec Jean-Michel, ils avaient tenté et réussi l'incroyable pari de redonner vie à l'école de Kermouster, devenue la Cambuse. Petite lumière dans les nuits d'hiver, lieu joyeux lors des concerts d'été, dans la lumière magique du soir sur l'estuaire du Trieux. Ils avaient ouvert grand leur porte à beaucoup d'initiatives : réunions, conférences, projections. soirées musicales prévues ou improvisées…

     

     Derrière le comptoir, Sylvie nous accueillait tous : ceux qui voulaient parler, ceux qui voulaient se taire, ceux qui voulaient juste se poser un instant, ceux qui avaient besoin d'un peu de réconfort…

     

    Après la disparition de Jean-Michel, elle a continué seule, courageusement. C'est avec ce même courage qu'elle a affronté la maladie, portée par l'espoir de pouvoir à nouveau nous accueillir à la Cambuse. Si l'avenir de la Cambuse est incertain,, une chose est sûre : Sylvie restera vivante dans nos cœurs à tous.

     

    Le village, croyants comme non croyants, s'apprête à fêter son saint patron, Saint Maudez, C'est à lui que nous aurions envie de confier Sylvie, que nous avons aimée.

     

                                                                                                Claudie Asselin-Missenard

     

    Une femme d’importance

     

    Etant à l’étranger,  je n’ai  pu assister  aux  obsèques  de Sylvie, et je voulais rendre hommage à cette femme d’importance.

    Nous l’aimions tous, Kermoustériens de souche ou d’adoption, elle nous le rendait bien, c’était une belle, une bonne personne. 

    Un film de Henri Verneuil de 1956 s’intitule Des gens sans importance. C’est l’histoire d’un camionneur et d’une serveuse de restaurant qui tombent amoureux. Ce titre m’a fait penser à Sylvie. Comme beaucoup d’entre nous, elle était peut-être une personne sans importance au regard des hiérarchies, des importants qui mènent le monde. Elle n’en aura été que plus importante pour chacun d’entre nous parce que le cœur et la bonté des êtres ignorent les hiérarchies. 

    Sa chaleur, son accueil, sa gentillesse, son humour nous ont aidé, à sa façon, à vivre au quotidien nos jours bretons heureux. Entrer à la Cambuse, c’était respirer une petite bouffée d’humanité. C’est cela qu’on venait chercher,  avant le café, son pain ou une conserve ou boire un verre.

     Elle savait les deux ou trois choses qu’il faut savoir sur nous, on lui faisait des confidences légères qu’elle gardait pour elle. C’était tout simple, qu’il pleuve ou qu’il vente, et même qu’il fasse beau, elle oubliait une fois sur deux de compter le café, ajoutait un sucre ou pas en précisant qu’on n’était pas au Georges V, racontait de sa voix amusante les beaux voyages en France avec Jean-Michel, disparaissait mystérieusement une minute dans sa réserve, gardait un paquet de cigarettes sous le comptoir pour quand vous reveniez en week-end ou en vacances trois mois plus tard, lançait un regard vers la mer pour voir quel bateau passait, sauf qu’elle ne reconnaissait  jamais le mien alors que je l’avais prévenue que je sortais en mer, et nous riions de cela quand je rentrais de mes trois ronds dans l’eau. « La prochaine fois, je passerai avec un paquebot. Comme ça, Sylvie... »

    Charles, son fils, soignait la terrasse, elle jouait avec sa petite fille. « Ca pousse », disait-elle, heureuse avec un petit rire. Elle partit car elle était malade. Elle nous manquait. Elle revint au bout de plusieurs mois, la Cambuse rouvrit. On était soulagé, on reprit nos habitudes de fin d’après-midi autour d’un verre, elle faisait le tour du comptoir pour nous embrasser, on la croyait guérie, mais non.

    Kermouster est un petit village lui aussi sans importance, un point sur la carte de la Bretagne, mais pour nous le plus cher, avec sa chapelle, toutes ses fleurs le long des routes, et la Cambuse qui en était le dernier lieu pour tous, après qu’aient disparu les trois cafés de mon enfance, l’épicerie de chez Chénie et la petite école primaire. Et les cloches de la chapelle qui ne sonnent plus  l’angélus.

    Si la Cambuse survit à Sylvie, je verrai toujours apparaître son doux visage quand je pousserai la porte, avant de voir qu’elle n’est plus là.


                                                                                                                    
    Gilles Hertzog.     


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     Sylvie nous a quittés

    Sylvie Çaldugaray nous a quittés la nuit dernière, après un long combat contre la maladie. Kermouster pleure une amie qui a donné de la chaleur à notre village pendant des années et fait de La Cambuse un lieu de vie.


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  • Ces temps-ci, il fait bon avoir le nez collé au ciel. Entre une éclipse remarquable de la Lune, le 27 juillet dernier, et l’arc-en-ciel venu, ce mardi 7 août, mettre un point final à la première journée de pluie depuis plusieurs semaines, ce ne sont pas les occasions de prendre de la hauteur qui ont manqué. A l’œil nu ou avec une simple paire de jumelles, sur le chemin des étoiles il y avait et, malgré le retour des nuages, il y a encore matière à rêver avant la fin de cet été 2018.

    Sur le chemin des étoiles

    Sur le chemin des étoiles

     

    En fait d’étoiles, ce sont plutôt les planètes qui ont la vedette. Après une Lune habillée de rouge, c’est Mars qui nous fait chaque soir de l’œil. Impossible de la confondre ! Son bel éclat orangé attire d’emblée le regard.

    Si l’on tourne la tête vers le couchant, c'est-à-dire vers l’Ouest, on aperçoit très nettement Vénus, baptisée à tort, comme on le sait,  « étoile » du berger.

    Plus au sud, sans avoir trop à chercher, on perçoit l’éclat de Jupiter. Par contre, c’est moins évident de repérer Saturne, mais, avec à l’appui d’une bonne carte du ciel, on peut imprimer sur la rétine l’image de cette autre grande planète gazeuse.

    Sur le chemin des étoiles

    Ce mercredi 8 août, les moutons blancs qui s’amoncelaient au-dessus du hameau, dès potron-minet,  nous laissaient penser que la terre allait encore pouvoir se désaltérer. Elle a besoin de cette eau de pluie, son eau de vie. Imperturbable sur son clocher, le coq nous invitait, comme il le fait d’ailleurs chaque jour, à prendre la mesure du temps. Nuages il y a eu, mais point de pluie avant la tombée de la nuit.

    Si le temps ne se dégrade pas au point de nous rendre impossible  toute observation de la voûte stellaire,  nous aurons également encore, jusqu’au samedi 25 août prochain, tout loisir de pouvoir contempler le ballet des étoiles filantes.

    Mais d’ores et déjà, cet été 2018 restera dans les annales. D’autant qu’ici nous n’aurons pas eu à souffrir de la canicule comme cela a été le cas dans la plupart des régions de France. Les vertus de l’air marin.

     

    Dans les pas des troubadours et des trouvères

    Sur le chemin des étoiles

    C’est sur cette thématique du chemin des étoiles que Jeanne-Marie Gilbert est revenue à Kermouster. L’an passé (notre chronique du 26 juillet 2017), elle avait mis ses pas dans ceux des dames du temps jadis. Ce dimanche 5 août, elle nous invitait à la suivre dans ses pérégrinations qui lui font côtoyer troubadours et trouvères, compagnons de route des pèlerins mais aussi de ceux qui doivent fuir leur pays. Notamment les communautés juives, dont elle évoque l’exode à travers les chants sépharades. Ses atouts : sa voix, son luth, sa guiterne ou sa vièle.

    Ne pouvant assister entièrement à son concert, nous sommes allés à sa rencontre quelques heures avant que ne débute cette soirée médiévale. Ne serait-ce que pour lui demander si elle avait anticipé sur ces semaines d’été ô combien étoilées pour concocter son programme. Rien de ça ! Son passage à Kermouster se sera tout simplement inscrit dans l’alignement des planètes.

    Le Soleil, La Lune, Mars, Vénus, Jupiter, Saturne  et toutes les étoiles n’ont eu de cesse d’influencer les artistes, au sortir de la nuit des temps. Connaissez vous Alphonse Le Sage, le troubadour Peirol, le Livre vermeil de Montserrat datant du XIVe siècle. Clément Marot, peut-être, mais Claude Goudimel qui a mis en musique son psaume 137 ? Nous, nous sommes obligés de reconnaître notre ignorance.

    Comme l’an passé, Jeanne-Marie Gilbert s’est produite devant un maigre public, une vingtaine de personnes. Comme cela a été le cas, en juillet, pour le guitariste Soig Sibéril  ou le violoncelliste (précédente chronique) Aldo Ripoche. La possible concurrence du spectacle du ciel n’explique pas tout.

    Sur le chemin des étoiles

     Ces artistes talentueux, mais dont la notoriété est établie dans ce qu’il est coutume d’appeler un réseau de connaisseurs, semblent traîner derrière eux le boulet de l’élitisme.

    Permettez nous de nous insurger ! Il n’y a pas une musique pour les élites. Toutes les sonorités ne peuvent pas plaire à tout le monde, soit,  mais la musique, sous toutes ses formes, doit avoir l’oreille du monde ..

    « Suivre la quête, suivre l’étoile que m’importe mes chances, que m’importe le temps… » En interprétant, pour final,  un extrait de L’Homme de la Mancha, Jeanne-Marie Gilbert n’a pas fait que rendre hommage à un grand artiste. Jacques Brel n’était pas une star, mais bel et bien une étoile éclairante. Un homme de son temps qui continue à être du nôtre. Comme L’ont été tant de musiciens, d’écrivains, de chercheurs ou d’artistes qui ont su conserver l’humilité malgré leur grand savoir et leur célébrité.

    S’il est vrai qu’emprunter le chemin de la connaissance peut vous valoir le qualificatif d’élite, alors, oui, nous sommes tous des élites en puissance. Rien ne nous interdit d’approfondir, par nous-mêmes, nos connaissances. Certes, nous ne sommes pas égaux face à la difficulté qu’il y a à comprendre ce qui fait notre monde. Certains ont plus de facilités à gravir la pente du savoir. Mais eux aussi ont dû faire l’effort pour gravir les marches.

    Alors, à l’heure d’aujourd’hui, rendons grâce à Aristote, Ptolémée, Copernic, Galilée, Kepler, Cassini, Newton, Halley, Einstein, Hubble, pour ne citer que ces grands noms de l’Astronomie. Ils nous ont ouvert le chemin des étoiles, non sans avoir eu à se battre contre des vérités préétablies. Grâce à eux nous nous sentons, ce jour, un peu plus savants.

     


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