• Toute affaire cessante, je vous invite à suivre Les Chemins de la Philosophie*, c’est-à-dire à prendre le temps d’écouter, sur France Culture, l’excellente émission d’Adèle von Reeth, philosophe elle-même, qui anime également, sur la chaîne Public Sénat, la non moins passionnante émission Livres & Vous. Depuis ce lundi 14 et ce jusqu’au  jeudi 17 janvier, Adèle von Reeth nous invite à réfléchir à la notion du voisinage. Si on accepte le postulat selon lequel c’est au niveau local que la démocratie prend sa source, c’est un rendez-vous radiophonique qui apporte un grand bol d’air frais à l’heure du Grand Débat proposé par le Chef de l’Etat.

    « La philo, trop peu pour moi ! ». Allons donc ! Manifester dans les rues, dialoguer sur un rond-point, côte à côte, peut-être à côté de ce voisin dont on se méfiait jusqu’à lors, c’est déjà philosopher sans le savoir. La philo ce n’est pas qu’une affaire d’intellos.

    Si vous avez raté le premier rendez-vous de ce lundi matin (10h-11h) et si ce mardi (même heure) vous avez prévu de faire vos emplettes sur le marché de Paimpol (nous sommes nombreux à nous y retrouver), vous avez, grâce au « podcast » la possibilité de télécharger cette émission.

     Si, comme cela sera dit, un certain usage du rire sert de véhicule à la haine, vous aurez déjà le plaisir de réentendre Henri Salvador nous chanter Les Voisins. Le rire peut-être salvateur, quand il se met à l’abri de tout esprit de nuisance. Cette chanson n’est pas aussi célèbre que Le travail c’est la santé, mais elle vaut aussi son pesant de cacahuètes puisqu’elle met l’accent sur un de nos petits travers. Une bonne entrée en matière pour un entretien d’une grande clarté.

    Adèle von Reeth recevait ce lundi matin Hélène L’Heuillet, psychologue, philosophe, maître de conférence à la Sorbonne. Si ses écrits ont la même limpidité que ses propos alors sans nul doute il ne faudra pas tarder à se procurer Du voisinage : réflexions sur la coexistence humaine et Tu haïras ton prochain comme toi-même, deux livres édités récemment par Albin Michel.

    Bien évidemment Henri Salvador aura très vite cédé la place à des philosophes patentés, Jacques Lacan et Emmanuel Kant entre autres, mais Hélène L’Heuillet et Adèle von Reeth ne sont pas des femmes de lettres se gargarisant de mots pouvant inciter l’auditeur à tourner le bouton.

    Sommes nous condamnés à vivre ensemble ? Leur conversation débouchera sur ce qui peut paraître comme une évidence. Mais s’il y a des espaces qui nous sont obligatoirement communs, il y a également des espaces qui nous séparent. Dans un immeuble, dans un bourg, dans un village et même dans un hameau, gens d’en haut, ou supposés tels, et gens d’en bas, ressentis comme tels par eux-mêmes, on a moyen de s’entendre, de se comprendre, de s’apprécier. Nous avons tous des compétences que nous pouvons mettre au service des autres. Intellos, bobos, prolos, nous sommes tous sur le même bateau. Les mots clefs du bien vivre ensemble : dialogue et considération.

    * Ce mardi 15 janvier Adèle von Reeth  accueille Georges Perec sur le thème : Voisins mode d’emploi.


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  • Ce fut un bon moment « démocratique » ! Ce bon moment : la traditionnelle séance des vœux du maire de ce vendredi 4 janvier 2019. Dans cette période marquée au niveau national par un interminable et exaspérant dialogue de sourds, cette séance aura eu des vertus thérapeutiques citoyennes. La première d’entre elle passant - c’est la nature même de ce rendez-vous - par l’écoute.

    Certes, il n’y avait guère de surprises à attendre d’un discours faisant état du bilan de l’exercice précédent et traçant les grandes orientations pour les douze mois prochains. Tout était supposé déjà connu de tous, la presse écrite, indispensable moyen de communication,  ayant rendu compte de l’essentiel au fil des réunions du conseil municipal. Mais, ce qui a marqué tout particulièrement cette séance des vœux tient, selon moi,  au fait que l’on a de visu constaté, contrairement à une idée reçue, que les maires et les conseillers jouent toujours un rôle. La commune, cellule de base de la démocratie, est, chez nous en tout cas, toujours bien vivante.

    Je ne vais pas ici détailler les satisfecit que peut s’attribuer l’équipe municipale, mais on ne peut que lui reconnaître d’avoir su mener à bien plusieurs projets répondant à l’intérêt général et cela, comme le soulignera Marcel Turuban, « sans augmenter les impôts ».

    Si l’accent a été mis sur le Cèdre bleu, le tout nouveau espace intergénérationnel du centre bourg, et l’incontournable site portuaire, je place au premier plan une réalisation, certes remontant à fin  2017 mais dont on a pu mesurer ces douze derniers mois le bien fondé. Du point de vue de l’usager, l’ouverture d’un guichet postal au sein même de la mairie s’avère être une bonne chose. Elle montre bien que l’on peut, malgré nos réticences au changement, trouver moyen à adapter la vie locale à nos nouveaux modes de vie, lesquels sont à l’origine des difficultés de la poste telle que nous l’avons connue jusqu’à ce jour. Il est toujours bon de s’interroger sur ses propres responsabilités.

    En regardant cette séance des vœux par le bout de la lorgnette kermoustérienne, on ne peut que faire la même appréciation.

     La commune s’est engagée dans un travail de restauration long et coûteux de la chapelle, malgré les aides financières de l’Etat, de la Région et du Département. Ce qui a priori relèverait du religieux est un reste à charge dans notre République. Faut-il le regretter ? Non, bien évidemment, car on ne construit pas un avenir en faisant table rase du passé. Cette chapelle mérite, comme les autres édifices religieux de la commune,  que nous lui consacrions quelques deniers prélevés sur notre pouvoir d’achat. Qu’importe si elle ne recouvre pas pleinement sa vocation première !  Là n’est pas la question. Elle porte tout simplement témoignage. C’est un patrimoine culturel et artistique qu’il convient de protéger.

    Pour le hameau, le chantier de l’année va être la remise aux normes de La Cambuse. Ça prendra du temps, mais Kermouster est officiellement assuré de pouvoir retrouver un point de convergence indispensable.

    Faut-il regretter que le dossier assainissement n’ait pas été évoqué ? Peut-être, mais, pour l’heure, on ne peut qu’espérer qu’il sera traité par Lannion Trégor Communauté (LTC), qui en a désormais la charge, avec suffisamment de tact pour que les habitants du hameau sachent de quoi il en retourne. Voici un exemple concret de ce que pourrait être un débat citoyen au plus près des réalités.

    D’ailleurs, arrêtons nous sur ce qui semble, à première vue, devoir minimiser le rôle du maire, c’est-à-dire cette toute nouvelle communauté de commune, dont le centre décisionnel place de facto l’ensemble de la Presqu’île en périphérie. A tort ou à raison on peut juger cette évolution regrettable, susceptible, à terme, de réduire le rôle du maire à celui se simple exécutant, simple agent de proximité.

    Cette nécessaire proximité peut-elle souffrir d’un éloignement du centre des décisions ? Il est trop tôt pour en évaluer les effets. La mise en place de LTC est trop récente.  Mais on se doit d’espérer que nos élus, je parle ici de tous ceux qui s’étaient regroupés au sein de la précédente communauté de commune, sauront intelligemment s’affranchir de l’esprit de clocher pour, au sein de la nouvelle instance, défendre tout à la fois  les intérêts des habitants de leurs communes respectives, ceux de la population de la Presqu’île, ce qui revient à dire l’intérêt général de Lannion Trégor Communauté.

    Curieusement, les circonstances sont on ne peut plus favorables, malgré l’épée de Damoclès de la suppression de la taxe d’habitation. A l’heure du grand débat voulu par le pouvoir central, les maires savent désormais qu’on leur reconnaît à nouveau un rôle primordial. Mais cela doit nous interpeller, nous autres, citoyens de base.

    Allons nous attendre pour compter les points ? Comme cela a été le cas pour la maison de santé de Pleumeur-Gautier. Qu’avons-nous fait pour éviter un tel gâchis ? Car il s’agit bien d’un gâchis, humain et financier, dont nous autres patients et contribuables en payons le prix. L’heure n’est plus à savoir qui en porte la responsabilité. Les maires ? Les médecins, dentistes et autres professionnels de  santé ? Il convient désormais de dépasser le stade du ressentiment pour trouver une solution à un problème central de notre vie communautaire.

    La santé, l’école, l’environnement, l’assainissement, les voies de circulation, il y a là, comme sur tant d’autres sujets, matière à nourrir non pas un cahier de doléances mais à ouvrir un forum de discussion qui nous engage tous. Ne suspectons pas nos élus, du plus haut niveau à celui de l’échelon communal ! Aidons les au contraire à ne pas se fourvoyer, à prendre les décisions qui donneront à la démocratie son véritable gilet de sauvetage ! Ne sous-estimons pas le risque que font peser les actes de violence à répétition ! Le socle de la démocratie, c’est le dialogue constructif.

     

     

     

     

     


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    C'est tout un art de se remettre dans le bain

     

    Nous en convenons, sans tergiversation possible. Les Kermoustériens n’ont pas inventé l’eau chaude. La tradition du dernier bain de l’année ou du  1er de la nouvelle année est, ici, récente. Ailleurs, c’est un marronnier qui suinte depuis des décennies dans les colonnes des journaux ayant vue sur mer. Est-ce à dire qu’au sortir du lit du Trieux, nous serions tous un peu plus frileux ? Que nenni ! Et la preuve par neuf vient de nous en être une nouvelle fois donnée en ce premier jour de l’année.

    Neuf, ils étaient neuf à braver la froidure. Neuf accros du choc thermique, tous confiants dans leur capacité d’adaptation épidermique instantanée. Neuf « hirondelles des mers » qui ont plongé dans une eau à 9° par une température extérieure de même niveau. A 15 h tapant le soleil n’avait toujours pas daigné montrer le bout de son nez.

    Poussées par une légère brise de nord-est, nos dignes représentants ont tenu à prouver le bien fondé du dicton  « être sain comme un poisson dans l’eau ». Les emmitouflés venus nombreux pour les encourager leur reconnaissent cette capacité qui leur permet de cultiver l’art de se remettre dans le bain malgré les caprices du temps.

    Au sortir de l’eau, tout en sirotant un délicieux vin chaud de derrière les fagots, ce ne fut donc que pluie de félicitations. Chacun y allant de ses bons vœux, tous conscients que ce sont de tels moments de partage qui donnent tout son sel à la vie.

     

    C'est tout un art de se remettre dans le bain

    C'est tout un art de se remettre dans le bain

     

    C'est tout un art de se remettre dans le bain

    C'est tout un art de se remettre dans le bain

    C'est tout un art de se remettre dans le bain

    C'est tout un art de se remettre dans le bain

    C'est tout un art de se remettre dans le bain

     

    C'est tout un art de se remettre dans le bain 

    C'est tout un art de se remettre dans le bain

    C'est tout un art de se remettre dans le bain

    C'est tout un art de se remettre dans le bain

     

    Photos du "Club des Emmitouflés"


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  • Bienvenue à Krystel et Benjamin

    « Un instant de bonheur vaut mille ans de l’histoire ». Après avoir invoqué précédemment Montesquieu puis Rousseau, voici Voltaire, autre grande plume des Lumières. Nous ne sommes pas allés chercher cette maxime dans un livre, ni même sur un site de citations célèbres. Nous l’avons découverte après avoir  dépouillé de son enveloppe un chocolat des tables festives, dimanche après-midi, à l’occasion du désormais traditionnel goûter organisé par l’Amicale de Kermouster.

    Un vrai bon moment, malgré la fraîcheur, partagé par une quarantaine de personnes, sous le toit d’un hangar mis à notre disposition, La Cambuse n’étant toujours pas en mesure d’ouvrir ses portes. Quel dommage que nos hôtes, Christiane et Louis, n’aient pu être là physiquement! Quel dommage que d’autres voisins n’aient pu, eux aussi, partager ce moment de « bonheur » ! Un bien grand mot, me direz-vous, mais là où il y a de l’empathie les instants partagés en ont la saveur. Ainsi va l’histoire d’un village !

    Bienvenue à Krystel et Benjamin

    A cette occasion, nous avons fait la connaissance des repreneurs de La Cambuse, Krystel Le Moal et Benjamin Charpentier. Ils ouvrent un nouveau chapitre de cette histoire. Ce goûter, qui rassemble les résidents permanents du hameau, était une opportunité pour ce couple qui vit à Pommelin. Ils ont voulu la saisir pour se présenter et nous faire part de leurs projets. Nous en avions déjà une idée au travers des articles publiés dans la presse, mais comment ne pas apprécier cette démarche, d’autant plus qu’ils y ont ajouté la manière en nous proposant de goûter gracieusement à leurs galettes et crêpes. Pour une fois, les petites mains expertes dans le maniement du rouleau à pâtisserie n’ont pas à eu à faire usage de l’huile de coude. 

    Nous savions déjà à peu près tout sur ce qu’il va advenir de La Cambuse. Simple confirmation donc. La Cambuse conserve son nom et son aspect café épicerie. Il est prévu un dépôt de pain et de presse. S’y ajoute simplement sa dimension crêperie. Le midi en basse saison. Midi et soir aux beaux jours. Pour ce qui est de tourner la pâte, Krystel a du métier à revendre. Certains d’entre nous avaient certainement déjà, avant ce dimanche,  eu l’occasion de s’en convaincre en s’attablant Aux vieux gréements, la crêperie de Paimpol qu’elle tenait précédemment avec son compagnon.

    Les nouveaux gérants du fonds de commerce vont, par ailleurs, essayer d’attirer des producteurs locaux, à même l’ancienne cour de récréation aujourd’hui terrasse avec vue sur mer. Restera à définir la fréquence de ce petit marché, si ce projet va à son terme.

    A l’horizon 2020, la partie habitation qui jouxte l’établissement pourra accueillir les amoureux des sentiers de randonnée. La Cambuse peut devenir une halte repas appréciée sur le GR 34. Six couchages seront mis à disposition. A noter également, la mise en place d’un sanitaire accessible lorsque La Cambuse sera fermée.

     Si, en raison d’importants travaux de mise aux normes, l’établissement ne pourra pas ouvrir entièrement avant 2020, Krystel et Benjamin seront à pied d’œuvre dès la fin du mois de mars prochain. Ils ont investi dans une remorque magasin, ce qui va leur permettre de démarrer leur activité de petite restauration à même la terrasse. Ce magasin sur roues est un atout supplémentaire puisqu’il leur permettra de compléter leur activité en collant à l’événementiel (mariages et fêtes en tout genre). Un couple d’amis de Lézardrieux prendrait alors la relève pour ouvrir la porte du café épicerie aux horaires définis.

    Bienvenue à Krystel et Benjamin

    La Cambuse va donc reprendre les couleurs de la vie.  Mais sur un registre légèrement différent de celui auquel nous étions habitués, comme nous l’a expliqué Benjamin. Côté horaires justement. Nul n’étant taillable et corvéable à merci, La Cambuse, contrairement au célèbre Moulin de la Galette de la Butte Montmartre, ne sera pas un havre pour les noctambules.

    Krystel, qui a ses racines à Pleumeur-Gautier, et Benjamain  sont conscients des réalités du terrain sur lequel ils entendent poursuivre leur carrière. Lors de ce goûter de dimanche ils ont pu évaluer, à une dizaine près, le potentiel clientèle du hameau. Il n’est extensible qu’à la belle saison. Pour autant, Kermouster peut irradier sur toute la presqu’île. Et pourquoi pas au-delà des deux ponts ?

    La Cambuse est un lieu chargé d’histoire. Pour celles et ceux qui ont grandi à Kermouster, les murs suintent encore les peurs du temps redouté de la dictée. Nous ne doutons pas que Krystel et Benjamin sauront y conjuguer leurs intérêts avec l’esprit des lieux. Souhaitons leur de réussir dans leur entreprise. Ils sont les bienvenus !

     

    Bienvenue à Krystel et Benjamin

    Bienvenue à Krystel et Benjamin

     

     


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  • Un vent soufflant à 100 kilomètres heure  au plus haut de son humeur, des averses nourries entrecoupées de timides éclaircies, ce samedi 8 décembre il fallait vraiment en avoir envie pour mettre le nez dehors. De fait, ce n’est pas l’envie qui nous a poussés à affronter Eole, mais une nécessité digestive.

    Comme tant d’autres, nous n’avions pu échapper, dès la fin de la matinée, à la tentation de suivre, par l’image, les événements de cette énième journée de mobilisation du mouvement dit des gilets jaunes. L’info en continu ! Le pire et le meilleur. Le pire, dans de telles circonstances, puisqu’elle fait de vous un voyeur en attente…du pire.

    Paris va-t-il brûler ? A quand le drame ? A quand le ou les manifestants gisant sur le pavé, le gilet jaune rouge de sang ? A quand le policer lynché par des casseurs infiltrés  ivres de rage ? Avec en bande son, des commentaires à chaud qui ne vous aident en rien à prendre du recul, mais que les mots utilisés n’ont de cesse d’essayer de justifier. Désespérant !

    Dans le brouillard des lacrymogènes, des relents de haine. A en vomir. Alors ! Oui, il fallait en finir. Tourner le dos à cet écran de fumée et sortir pour prendre l’air. Qu’importe qu’il pleuve ou qu’il vente ! Dehors, loin de cette agitation, il a fait bon marcher. Pour digérer ce trop plein d’images regrettables,  insoutenables. Pour se remettre les idées en place.

    Ce n’est en rien marcher à contretemps que d’avoir mis alors nos pas dans ceux de Jean-Jacques Rousseau. D’aucuns trouveront peut-être que, par les temps qui courent, j’abuse trop facilement des références livresques. Après avoir, dans un précédent billet, évoqué L’esprit des lois de Montesquieu, voici venir les rêveries du  promeneur solitaire. Soit ! Mais cette inclination à évoquer les philosophes des Lumières ne fait que s’inscrire dans l’air du temps. Et ce n’est pas un certain Mélenchon qui pourra m’en faire le reproche.

    Quel tribun ! Force est de lui reconnaître cette capacité à galvaniser un auditoire quel qu’il soit. Lettré ou analphabète, on apprécie toujours les grands moments d’éloquence. Même quand le verbe jongle avec l’excès. Mélenchon est l’archétype du jongleur.

    Sans oublier les raisons profondes qui l’ont amené, une fois de plus, à crever l’écran, le chef de file de la France Insoumise a tenté, lors du dernier débat, de transformer l’hémicycle de l’Assemblée nationale en salle du Jeu de Paume ! Il invitait ni plus ni moins ce jour là le peuple à s’emparer de la Bastille, à mettre fin au règne de celui qu’il n’a de cesse de qualifier de « monarque ».

     

    Ah !ça ira, ça ira, ça ira !

    Les aristocrates à la lanterne,

    Ah ! ça ira, ça ira, ça ira !

    Les aristocrates on les pendra !

    Ah !ça ira, ça ira, ça ira !

     

     

    Reconnaissons à Mélenchon le mérite de ne pas être, dans ces circonstances, un faux cul ! Lui, il n’avance pas masqué. Il prône bel et bien la révolution, quitte à justifier la violence, fruit selon lui de la violence d’Etat. Et qu’importe si, après avoir jeté de l’huile sur le feu, il ne soit emporté par la vague d’épuration qu’un pouvoir dictatorial ne tarderait pas à mettre en vigueur. Car on en est à craindre cela!

    Les révolutions dévorent presque naturellement leurs géniteurs. Qui serait alors le Saint Just qui, comme pour Danton, lui ferait rendre gorge ? François Rufin, présentement son alter ego dans la diatribe ? D’autres noirs esprits, tapis dans l’ombre, rêvent d’un chaos dont ils tireront bénéfice. On ne doit pas en douter, de ce mouvement des gilets jaunes, né d’une compréhensible exaspération, peut surgir une monstruosité qui va bien au-delà de ce qu’ils préconisent. Le serpent jaune de nos rues et ronds points n’a pas de tête. Le venin viendra d’ailleurs. L’histoire récente est là pour nous le rappeler

    Alors Rousseau ? Pourquoi Rousseau ? Pourquoi Jacques le fataliste qui s’exclame ainsi : « les hommes faibles sont les chiens des hommes fermes » ? Parce que…

    Parce que Rousseau est l’homme du Contrat social. Dans un texte intitulé Du contrat social ou Principes du droit politique, publié dix sept ans avant le grand chambardement, Jean-Jacques Rousseau, alors âgé de cinquante ans, jetait noir sur blanc les grands principes qui formeront le soubassement de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 : concilier l’égalité et la liberté, le bien être général contre les groupements d’intérêts, la démocratie par des assemblées législatives et l’établissement d’une religion civile.

    C’est en se ressourçant à ce Contrat social que notre Président doit tirer les leçons de la révolte de ceux qui s’estiment être les oubliés du système. Les principes initiaux de ce texte fondateur  ont du bon. Si à ce jour, quoi qu’en disent ses détracteurs, Emmanuel Macron n’a en rien déchiré le contrat social, il lui faut prendre les engagements qui, tout en restant en adéquation avec les contraintes des temps présents et à venir, permettent à toutes les composantes de notre société  d’être prises en considération.

    Après ce nouveau samedi d’émeutes, tout le pays retient son souffle. Il y a ceux qui n’attendent plus rien de lui, ceux qui sont prêts à le destituer comme jadis Louis XVI, la guillotine ayant malheureusement encore ses partisans,  et ceux qui souhaitent qu’il redonne tout son sens à ce mouvement qui l’a installé à l’Elysée. Concilier l’inconciliable ? Redoutable exercice.

    Ce dimanche, le vent n’avait pas molli. Il ne faisait toujours pas bon être en mer. Comment ne pas penser à celles et ceux dont le métier les mènent à composer quotidiennement avec la houle. Tenir le cap ! Un maître mot du métier. Tenir le cap ? Là est toute la question pour celui qui est à la barre du navire France.

    Tout bon marin vous le dira. Face à une déferlante, il faut agir avec circonspection. Cette tempête furieuse qu’il lui faut affronter est une lame de fond venue de très loin. Il est injuste de l’en tenir seul responsable. Il recueille, de plein fouet, le fruit de renoncements antérieurs, pour certains non dénués de démagogie. Mais, pour s’en tenir au langage maritime dont vous lecteur de ce blog êtes, par nature, habitué, il lui faut prendre en compte les alertes qui clignotent sur le tableau de bord.

    D’avoir confondu vitesse et précipitation tant est grande son aspiration à transformer le pays ? Le cap est bon, la méthode moins. On n’atteint pas la mer de la Sérénité en poussant les feux quand se lève devant vous une telle vague de désapprobation. Pour éviter le naufrage qui adviendrait si la mutinerie se prolongeait, il faut aussi écouter ceux qui sur le pont, de la proue à la poupe, ou à fond de cale en ont marre d’écoper dans le gros temps. Il en va de l’assiette d’un navire comme de l’assiette fiscale : trouver le juste point d’équilibre.  

    Amurer, affaler, mettre à la cape, ce n’est en tien se renier. Cela n’empêchera pas de reprendre le cap quand les circonstances le permettront. Ce cap, c’est une France naviguant de conserve dans une armada européenne fière d’avoir redonné à son pavillon les couleurs d’un idéal.

    La France de l’espérance attend de la reconnaissance, sans condescendance. De l’impatience peut naître la persévérance si le lien de confiance se rétablit.

    On se relève toujours d’un coup de tabac quand on a su, même in extremis, bien manœuvrer. Le bon sens marin s’acquiert aussi… en marchant


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