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    Juliette.

     Adieu !

    Sous le ciel de Paris.

    Jolie môme

    Petit poisson

    Petit oiseau

     Bonjour tristesse

     Les feuilles mortes.

     Paris canaille.

     Il n’y a plus d’après ?

     A Saint-Germain-des-Prés ?

     Si !

     Ici aussi !

     Ton fantôme hante encore

     Les couloirs du Louvre

     Belphégor

     Sous le masque

     Un regard

     Pénétrant

     Envoûtant

     Nostalgique épouvante.

     Sous nos masques

     Nos peurs

    Fondées?

     Supposées?

     Si!

     Il reviendra

    . Le temps des cerises

    Vieille chanson

    Dédiée

     A une infirmière.

     

    MdK


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    De l'art de glander

     

    Il suffit parfois d’un bruit inhabituel pour penser qu’il se passe quelque chose susceptible de concerner toute la population et que cela vaille la peine d’aller y jeter un œil, quitte à affronter la soudaine froidure.

    Toute cette fin de semaine aura été marquée par les grincements d’une pelleteuse venue creuser derrière La Cambuse. Son bras mécanique a chargé des monceaux de terre granitique, caillouteuse à souhait, pour dégager tout un espace, C’est dans cette excavation que va être enfouie, dans le prolongement de la précédente, la future fosse septique dont le caractère utilitaire est apparu incontournable puisque plus à même de répondre aux (petits) besoins.

    La place du Creac’h qui s’ouvre sur l’estuaire est, elle aussi, incontournable pour qui veut s’en mettre plein la vue et prendre à pleins poumons un bol d’air ô combien régénérant. Or, tout au long de l’été, les visiteurs n’auront disposé que de vespasiennes d’appoint, peu esthétiques et d’une fragrance peu engageante.

    De cela on ne peut qu’en convenir. Reste tout simplement à voir comment cela va fonctionner. Peut-être conviendrait-il d’éclairer nos lanternes, a fortiori celles des riverains, sachant que cette installation va relever d’une gestion privée publique. Qui fait quoi ? Et quand ?

     

    De l'art de glander

     

    Pour l’heure, le flot des touristes s’est considérablement tari et la période s’avérait donc propice pour rouvrir ce chantier laissé depuis de longs mois en jachère. Comme cela avait été annoncé, le ciel a tenu à marquer le changement de saison à la date calendaire. Il ne faisait pas chaud à regarder la pelleteuse dévorer la terre.

    L’automne est là et fraîchement amorcé. Nous en avons également la preuve à même la chaussée ou les chemins, puisque là où il y a un chêne nos semelles s’amusent à écraser les glands.

    De l’adage qui consiste à dire qu’il est doux de ne rien faire quand tout s’agite autour de soi, soudainement, voyant les fruits d’un petit chêne éparpillés sur le bitume, a surgi l’idée de consacrer cette chronique à une notion qui a trouvé un nouveau sens dans le langage vernaculaire, quand il s’agit d’évoquer le travail. Il ne va pas s’agir ici de vanter à l’excès des bienfaits de la paresse, mais glander, un verbe qui tire son origine du ramassage des glands, peut avoir quelques vertus.

    Je n’oublie bien évidemment pas combien il peut paraître inconvenant d’en arriver à écrire cela alors que tant de gens vont se voir ou se voient déjà privés de travail et, par voie de conséquences, frappés d’une perte de salaire, à laquelle s’ajoute l’angoisse d’un avenir professionnel incertain. Non, je n’oublie rien, surtout pas le privilège - tout relatif cependant - qui est de pouvoir disposer des subsides d’une retraite méritée et du loisir de pouvoir glander à sa convenance. N’était-ce pas en effet glander que de rester là à ne rien faire  si ce n’est regarder le conducteur de la pelleteuse effectuer son travail avec la minutie requise ?

    Chez les Celtes, le chêne était un arbre sacré. Le gui qui pousse sur les chênes étant très rare, les druides lui accordaient une valeur sans égal car ils la considéraient comme le « bois de la science sacrée ». Le gland serait donc le fruit de l’arbre de la sagesse et glander peut s’avérer être une manière intelligente de se positionner dans la marche du temps.

    Pour ce qui est de la sagesse du gland, mieux vaut quand même s’en prémunir. La toxicité de sa chair est avérée, du moins pour ce qui est de sa consommation dans l’alimentation  humaine. Laissons ce plaisir  aux sangliers, lesquels, soit dit en passant, vont, peut-être à cause de cela, s’avérer trop présents dans le secteur ! Chasseurs émérites, ne glandez pas trop longtemps ! Faites ce qu’il faut pour trouver le bon point d’équilibre entre eux et nous, entre eux et d’autres espèces animales.

    Donne-t-on encore à manger des glands aux cochons ? Leurs capacités cognitives ayant été démontrées, rien ne dit cependant que c’est en se goinfrant de ce met qu’ils les ont acquises. Mais, à ce que j’en sais, nos porcs raffolent plutôt du soja.

    Eprouver l’envie de ne rien faire ne peut pas revêtir systématiquement un caractère d’immoralité civique. Tout est, bien entendu, dans le dosage de cette thérapie. Car devenir glandeur « professionnel » risquerait, à terme, de se révéler aussi ravageur que le burn out.

    Proverbe bien connu, l’oisiveté est la mère de tous les vices. « De tous les proverbes qui ont été faits, dira Alexandre Dumas fils, c’est un des seuls qui aient complètement raison. » Sur cela, on pourrait discuter à l’infini car, si le diable est dans le détail, l’oisiveté n’est pas la seule à engendrer le vice.

    Glander, ce n’est pas être oisif.

    Glander, c’est s’accorder un temps de pose dans la quête du soi-même.

    Glander, c’est mettre entre parenthèses ses préoccupations. Peut-être même son anxiété.

    Glander c’est éteindre un temps donné la chaudière cérébrale et permettre au corps de recycler son énergie.

    Glander c’est tout un art.

    Ne vous culpabilisez surtout pas si, ce week-end, vous vous surprenez à glander entre nuages et soleil !

     

                                                                                                            Claude Tarin

                                                                                                  Vendredi 25 septembre 2020

     

    Haïku de glandeur

     

    Glander est un art de vivre, mais un art mineur, j’en conviens. A l’image de ce haïku de circonstances. En somme, un haïku de glandeur.

     

    Un temps de cochon

    Le chêne va perdre ses glands-

    Cycle des saisons

     

    De l'art de glander

     


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              Les sanglots longs

    Des violons 

    De l’automne 

    Blessent mon cœur 

    D’une langueur 

    Monotone.

    Tout suffocant 

    Et blême, quand 

    Sonne l'heure, 

    Je me souviens 

    Des jours anciens 

    Et je pleure ; 

    Et je m'en vais 

    Au vent mauvais 

    Qui m'emporte 

    Deçà, delà, 

    Pareil à la 

    Feuille morte.

     

                                                                                                 Paul Verlaine 

                                                                                       Poèmes saturniens (1866) 

     

     

                                                                                                                                                                 (Photo Nicole Guillien)

     

    Il ne vous a pas échappé que ce mardi 22 septembre, nous avons changé de saison, même si, comme nous le montre cette belle photo prise en fin de matinée, cela ne saute pas aux yeux. Une transition qui ne sera marquée que par un fléchissement des températures, un vent plus généreux pour le week-end selon Météo France, mais sans grand  chambardement dans la couleur du ciel. Si j’en viens à placer  en préambule ce beau texte de Verlaine, dans sa version originale, ce n’est pas pour vous saper le moral en ajoutant une couche de spleen à l’anxiété du temps présent. Ni, d’ailleurs, pour prendre position dans le débat qui agite le monde des intellectuels, débat qui porte sur l’entrée ou non au Panthéon de Verlaine et de Rimbaud.

    Quand il s’agit d’honorer des morts, je m’interroge toujours sur ce qu’ils en auraient pensé eux-mêmes. Est-ce une telle reconnaissance que ces deux poètes « maudits » auraient revendiquée pour eux-mêmes ? N’ayant, pas plus que d’autres, la capacité à faire parler les morts, je m’en tiens simplement à ce que la lecture de leur œuvre m’apporte. Et ce poème, parmi tant d’autres, a et conservera, pour moi, une résonance particulière à laquelle un transfert sous la coupole du Panthéon ne changerait pas grand chose. Même quand il m’arrive de prendre le sillage d’un Charles Trenet qui, en 1939, s’est emparé de ce poème pour en en faire une chanson, avec pour seule altération : « bercent mon cœur ».

    C’est d’ailleurs cette strophe remaniée ainsi qui traduit le mieux le sentiment du jour. Ce mardi il aura fait bon, en effet,  se laisser bercer par la douceur et la quiétude de ce premier jour de l’automne. Certes, je n’oublie pas les effets sur notre moral du temps qu’il fait, mais l’automne est une saison qui mérite d’être savourée pleinement. Et le cadre de vie qui est le nôtre nous y aide grandement. A la réserve près que celui que nous allons vivre,  ces prochaines semaines, va prendre une tonalité particulière, toute en gravité, pour cause de pandémie.

    Sans être devins, nous pressentions tous, bien avant ce jour, que les prochains mois vont pour des millions de Français et des milliards de Terriens être vécus dans les affres de l’angoisse. A la courbe grimpante des victimes du Covid 19 s’ajoute celles des statistiques de mise en chômage et de fermeture d’entreprises. Evitera-t-on un confinement total comme cela fut le cas au début de l’année ? Il nous faut l’espérer. Comme il est à espérer que d’ici le 21 février 2021 l’on puisse bénéficier d’un vaccin contre ce coronavirus que le pangolin, peut-être à tort, est soupçonné de nous avoir transmis.

    Comme le révèle ce logo, ce mammifère insectivore à la carapace d’écailles fait l’objet d’une attention mondiale. Non pas parce qu’il est supposé être celui qui s’est vengé de l’humanité, comme vient de l’écrire le philosophe Michel Onfray dans un nouvel essai tout aussi pamphlétaire que bien d’autres de ses écrits (La vengeance du Pangolin, Rd. Robert Laffont), mais parce qu’il s’agit d’une espèce menacée.

    Tout comme vous peut-être, je n’ai guère fait attention à la tenue, le 20 février dernier, de la journée mondiale du pangolin. Ai-je été, ce jour là, plus sensible au thème de la justice sociale à laquelle on nous appelait, également sur le plan mondial, à nous associer. Je ne mettrais pas ma main au feu quoique préoccupé par cette question. Mais pour m’en tenir au pangolin, cet animal bénéficie, chaque année, le troisième samedi de février, donc bien avant l’apparition du Covid 19,  d’un coup de projecteur. Une Journée mondiale sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies qui entend lutter contre le commerce illégal d’espèces sauvages.

    Ayant découvert cela, j’ai poussé la curiosité, ce mardi matin, à faire l’inventaire de ces Journées où nous les humains sommes susceptibles d’être au coude à coude. Je vous en livre quelques résultats.

    Si l’année compte 365 jours, on dénombre 564 Journées mondiales, internationales ou européennes, pour cette année 2020. Ce qui sous-entend qu’il y a des jours où il nous aurait fallu être et demeurer attentifs à plusieurs sollicitations. 

    Il y a des mois plus chargés que d’autres. Et ce mois d’octobre s’avère être celui qui regroupe le plus grand nombre de Journées de ce type : 77 au total

    Mais c’est au mois de mars que l’on trouve les jours les plus « chargées » en Journées. Les 20 et 21 mars derniers, nous étions conviés, deux jours de suite, à participer à 8 événements. Je vous en livre le détail :

    20 mars :Semaine internationale pour les alternatives aux pesticides ; Journée mondiale du moineau ; Journée internationale du macaron ; Journée mondiale de la santé bucco-dentaire ; Journée mondiale du bonheur ; Journée mondiale du Conte ; Journée internationale sans viande ; Journée(s) internationale(s) du livre voyageur.

    21 mars : Journée mondiale de la Trisomie 21; Journée mondiale de la Poésie ; Journée internationale de Novruz, la fête du printemps plus que millénaire dans de nombreux pays ; Journée mondiale de la marionnette ; Journée européenne de la musique ancienne ; Journée mondiale du rangement de bureaux ; Journée Internationale pour l'élimination de la discrimination raciale ; Journée Internationale des forêts.

    Je vous laisse apprécier le casse-tête de ces deux regroupements successifs. Mais il est vrai que tout cela nous a complètement échappé, car les 20 et 21 mars derniers, soit trois jours après la mise en confinement, nous avions, à notre corps défendant, la tête ailleurs.

    Dans ce calendrier annuel des Journées mondiales, on ne compte pas le nombre de télescopages plus ou moins étranges entre des thématiques. Ainsi le 1er octobre prochain nous sommes conviés à penser à la musique, au café, au chocolat et à l’urticaire. Il faudra certainement faire un choix. Mais bon, un morceau de chocolat pour accompagner le petit café d’après déjeuner, cela ne heurte pas l’entendement.

    On pourrait multiplier les exemples de ce type, mais je soumets à votre réflexion ce télescopage de ce dimanche 27 septembre, entre la Journée mondiale du tourisme et la Journée mondiale du migrant et du réfugié.

     

     Etreinte maternelle. Autoportrait d'Elisabeth Vigée Le Brun (1755-1842), avec sa fille

     

    Que conclure de tout cela?

    Face à la complexité du monde, ces Journées mondiales, simplement internationales ou européennes font office de piqûres de rappel. Toutes ne sont pas à mettre au même rang des priorités. Certaines relèvent de la galéjade, si ce n’est du mauvais goût. Passe pour la Journée du nœud papillon, mais que viennent faire celles des batailles d’oreiller et du Nutella.

    Plus sérieuses et plus exigeantes sont celles qui nous rappellent toutes ces maladies qui génèrent l’inquiétude et qu’il nous faut combattre en aidant la recherche. Est-ce qu’une Journée mondiale de lutte contre le coronavirus ne viendra pas s’insérer dans le prochain calendrier des rendez-vous à ne pas manquer ? L’avenir le dira. Mais d’ores et déjà retenez que le 15 octobre le monde entier est convié à se laver les mains. On devrait déjà en avoir repris l’habitude.

    Est-ce que le 21 janvier prochain, on pourra fêter la Journée mondiale des câlins ?  Sans attendre, j’en formule le vœu et, sachant qu’en terre kermoustérienne, il se trouve des têtes pensantes qui cultivent cette passion, j’espère pour nos mathématiciens qu’ils auront, quant à eux, la satisfaction - mais pourquoi ne pourrions nous pas la partager à distance ? - d’assister à l’inauguration, le vendredi 12 mai 2021, de la première célébration officielle de la Journée internationale des Mathématiques.

    Sur proposition de l’Union mathématique internationale, la Conférence générale de l’Unesco en avait adopté le principe en 2019. La première célébration officielle aurait dû avoir lieu au siège de l’Unesco à Paris le vendredi 13 mars dernier, mais c’était sans compter avec le coronavirus.

    Pour conclure, quelques lignes qu’il convient de consacrer aux deux Journées européennes du patrimoine telles que nous les avons vécues à Kermouster.

    L’amicale a honoré le rendez-vous en assurant la permanence à la chapelle, les deux après-midi, de 14h30 à 18h30. Point n’est besoin de sortir la règle à calcul pour mesurer l’impact de ces journées. Seulement 15  visiteurs le samedi, jour de fort coefficient de marée, mais 70 le dimanche. Essentiellement des gens des Côtes d’Armor, mais également des Parisiens, des Manchots, des Vendéens et même une Perpignanaise qui a pour elle d’être de la famille de notre nouvelle secrétaire générale de mairie. D’ailleurs, c’est ce 20 septembre  que Delphine Danguis a découvert les « joyaux » de la chapelle. Elle sait déjà que leur conservation et  restauration figurent dans la pile des dossiers dont elle a désormais la charge.

    L’occasion nous a donc été offerte de lui souhaiter la bienvenue.

    Et rassurons nous dès maintenant! L'automne ne sera pas que sanglots. Il ne l'est jamais.

     

     

                                                                                                                           Claude Tarin

                                                                                                             Mardi 22 septembre 2020

     

     

    Haïku d’équinoxe

     

    Tout l’art du haïku est de traduire l’instant. Il est tout aussi difficile de saisir l’éphémère que des merguez sur le gril du barbecue. A la lumière des braises, portée par la douce musique des vaguelettes venant mourir sur la digue, Claudie s’est montrée suffisamment experte sur les deux tableaux pour mémoriser ce qui fut un bon moment de partage.

     

    Marée d’équinoxe
    L’assaut aux dernières merguez -
    Fin d’été sur la digue

     


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    En ce week-end placé sous le signe du patrimoine européen, le sujet de cette chronique ne peut que vous intéresser puisqu’il va y être question du vieux lavoir de Kermouster. Mais remontons d’abord le temps à ce vendredi 4 septembre  marqué par une rencontre imprévue. Ce jour-là, Marie-Thérèse et François Le Rousseau, sortant de chez eux, aperçoivent une femme en train de photographier le lavoir. A leur grand étonnement car, malheureusement, devenu ce qu’il est, ce lavoir n’offre plus guère d’intérêt esthétique.

    Ce qui n’était pas assurément le cas dans le courant du premier semestre de l’année 1914, quelques jours ou quelques semaines avant de voir des jeunes du village rejoindre leur régiment à Guingamp ou à Brest, pour un aller sur le front, sans retour pour plusieurs d’entre eux. Il ne se trouve plus personne ici pour nous dire avoir vu un peintre, Paul Madeline (1863-1920) installer son chevalet au bas de la rue du lavoir. Le temps a passé, le lavoir s’est dégradé, ce tableau le fait en quelque sorte renaître.

    Ce n’est qu’au cours d’une conversation que Marie-Thérèse et François m’on apporté tous les éclaircissements nécessaires dont je tire aujourd’hui l’essentiel.

     

    Le tableau qui fait renaître le lavoir

     Le vieux lavoir de Kermouster, par Paul Madeline, circa 1914. Collection particulière

     

    Cette inconnue photographe ne l’est certainement pas pour bien des gens de la région. D’abord parce que Marie-Paule Connan Debunne est native de Pontrieux et qu’elle a occupé un temps la direction de l’animation culturelle de la Roche Jagu. Son père, Georges Connan était marin au long-cours. Une « payse » en quelque sorte, mais qui, après avoir exercé une carrière professionnelle au sein des instances européennes à Bruxelles, a jeté l’ancre, la retraite venue, sur les rives de la Grande Creuse, à Crozant, petite commune de la Creuse.

    Grâce aux contacts échangés par Marie-Paule Connan Debunne avec Marie-Thérèse et François Le Rousseau, un pont a pu ainsi être jeté entre la rive du Trieux et celle de la Grande Creuse. Il aura fallu seulement un ou deux clics pour découvrir un village qui vaut assurément le détour et qui, peut-être, vous incitera à y aller. Ne serait-ce que pour y admirer le tableau du lavoir.

     

    Le tableau qui fait renaître le lavoir

     Crozant sur un méandre de la Gra,de Creuse. Photo Floris Bressy, avec le concours de l'aéroclub de la Creuse (DR)

     

    Située à une soixantaine de kilomètres au sud de Châteauroux, la commune de Crozant s’honore, tout comme on peut le faire ici, d’avoir capté le regard d’artistes peintres dès le milieu du XIXe siècle, dont certains, contemporains de George Sand, qui demeurait à Nohant-Vic non loin de là. Crozant a sa « Vallée des peintres » et c’est ce qui a amené Marie-Paule Connan Debunne à faire un petit crochet par Kermouster à l’issue d’un séjour sur l’île de Batz. Avec pour objectif : ramener des photos du lavoir afin d’ étayer les connaissances sur le peintre Paul Madeline dont deux tableaux sont présentés dans le cadre d’une exposition organisée par le Musée et Centre d’interprétation de Crozant. Si l’un, représente un paysage  du cru, le deuxième n’est autre que « notre » lavoir. Si le cœur vous en dit, ne perdez pas de temps à prendre la route. L’exposition se tient jusqu’au 10 octobre.

    Qua sait-on de Paul Madeline ? Qui peut nous dire ce qui l’a amené à venir poser son chevalet au bas de la pente de la rue du lavoir. La note circa, à l’arrière de cette toile propriété d’un particulier, nous permet d’affirmer que ce tableau a été peint avant que l’artiste-peintre, bien qu’ayant dépassé la cinquantaine, ne s’en vienne mettre son talent, à l’automne 1916, au service de l’armée. Paul Madeline illustrera, à même les événements, les paysages meurtris par la Grande Guerre.

     

    Le tableau qui fait renaître le lavoir

     Le bombardement d'Arras, gravure Paul Madeline

     

    Est-ce sur un champ de bataille qu’il aurait pu faire la connaissance de Charles Thorndike (1875-1935), ce peintre d’origine américaine, installé à Kermouster, et qui fut, quant à lui, brancardier pendant le conflit ? Est-ce Charles Thorndike qui lui a fait connaître son village d’adoption, comme il le fit avec tant d’autres peintres ? Son nom n’a, jusqu’ici, jamais eu l’heur d’apparaître dans le moindre écrit. Un autre tableau, une huile sur toile intitulée Pins et rochers au Trieux, réalisée en 1912, semble indiquer que Paul Madeline avait déjà séjourné dans la Presqu’île.

     

    Le tableau qui fait renaître le lavoir

     Pins et rochers au Trieux, huile sur toile (33x41 cm hors cadre) de Paul Madeline. Bretgne. Ecole de Crozant

     

    A ces supputations s’ajoutent celles qui tournent autour de la relation d’amitié que ce peintre peut avoir nouée avec Paul Signac (1863-1935) et Henri Rivère (1864-1951), deux artistes qui ont immortalisé les rivages du Trieux. Mais c’est peut-être non loin des rives de la Seine que le lien s’est tissé puisque cet ancien élève des Beaux Arts de Paris, illustrateur dans une maison d’éditions, a été amené, suite à sa rencontre avec le poète musicien interprète  Maurice Rollinat (1848-1903), lors d’une incursion en Creuse en 1894, à fréquenter le célèbre cabaret Le Chat Noir où Signac et Rivière ont également exercé leur talent (lire également ci-après). Il se trouvera peut-être certains témoins ou connaisseurs  pour donner corps à ces supputations.

    Toujours est- il que Paul Madeline est bien passé par Kermouster. Les photos fournies par Claudie Missenard rappelant le lavoir tel qu’il était encore dans les années 1950 sont sans équivoque.

     

    Le tableau qui fait renaître le lavoir

     

    Le tableau qui fait renaître le lavoir

    La rue du lavoir dans les années 1950 (Photos René Israël) 

     

    L’exposition de Crozant ne semble pas pouvoir lever totalement le voile, mais elle nous permet quand même d’en savoir plus sur l’identité de ce visiteur d’il y a plus de cent ans. Un inconnu, mais qui bénéficiait alors déjà d’une bonne réputation dans les milieux artistiques de l’époque ; Membre permanent du Salon d’Automne et du Salon de la Nationale des Beaux Arts, Paul Madeline a fondé en 1908 la Société Moderne qui regroupa d’autres artistes peintres. Le Salon des Indépendants lui a consacré une rétrospective en 1926.

     

    Le tableau qui fait renaître le lavoir

     Paul Madeline photographié par Nadar

     

    Grâce lui soit rendue d’avoir eu la bonne idée de coucher sur la toile ce lavoir que d’aucuns souhaiteraient voir recouvrer tout son lustre. L’actualité nous amène à poser cette question : est-ce que cette attente a des chances d’être prise en compte ?

    Ce lavoir est à deux pas de la chapelle qui aura reçu très certainement avant la fin du week-end, son lot de visiteurs. Le faire renaître de ses cendres pourrait accroître l’intérêt patrimonial du hameau. Même si, compte tenu du fait qu’il va nous falloir, à nous autres Lézardriviens, retourner aux urnes suite à l’annulation des élections du 15 mars dernier, cela n’a pas lieu de figurer dans les toutes premières priorités des deux programmes qui vont nous être à nouveau présentés. Mais, comme nous y invitent ces deux journées européennes, l’entretien du patrimoine est un dossier qui ne peut être délaissé. L’heure n’est-elle pas venue de faire un bilan complet des richesses patrimoniales de la commune, tout en n’oubliant pas ce que cela représente sur le plan budgétaire ?

    Est-ce que dans un tel domaine, la future équipe municipale, quelle qu’elle soit, pourrait s’affranchir de la nécessité qu’il y a à récupérer en amont des conseils et des avis de Lézardriviens passionnés par le volet culturel,  pour asseoir, là aussi, des décisions qui peuvent espérer obtenir l’assentiment du plus grand nombre. ?

    Ne serait-il pas temps, dans une commune qui s’honore d’avoir su attirer à elle des grands noms de la peinture, de savoir mieux tirer profit de ce riche passé pour permettre aux visiteurs d’un jour de s’en repartir heureux de cette immersion ?

     La salle Ti Skol ne peut peut-être pas se prêter aussi facilement que l’hôtel Lépinat de Crozant a la mise en place d’une exposition de la même envergure, mais, dans l’intérêt même des artistes et créateurs d’art de toutes sortes qui souhaitent la réserver, elle mériterait un suivi qui aille au-delà du simple dépôt de caution. Ce qu’une commune de 440 habitants peut faire est-il insurmontable pour une commune trois fois plus peuplée ?

    L’exposition consacrée à Charles Thorndike (août 1996) et  Le lézardrieux des peintres (août 2013) ont montré que l’on pouvait inclure des événements de ce type dans le programme culturel. Fort de toutes les informations que l’exposition de Crozant consacre à Paul Madeline ne peut-on dès lors envisager de pouvoir contempler un jour, à même la source de son inspiration, son tableau du lavoir ?

                                                                                                                               Claude Tarin

                                                                                                           Samedi 19 septembre 2020

     

     

    Le Chat Noir

     

    Le tableau qui fait renaître le lavoir

     Affiche de Théophile Alexandre Stienen (1896)

    Le cabaret Le Chat Noir, ouvert en 1881 au 85, boulevard Rochechouard puis déménagé au 12, rue de Laval en 1885, est devenu très rapidement le lieu mondain par excellence et très prisé par le monde de la nuit parisienne. Debussy y a fait ses gammes, on y croise entre autres Paul Signac, Camille Pissarro, Vincent van Gogh, Adolphe Léon Willette, Paul Seurat. Le théâtre d’ombres est la grande attraction qui se tenait au deuxième étage du cabaret. Henri Rivière a été à l’origine de ce spectacle où derrière un écran tendu d’une toile blanche, des silhouettes découpées éclairées par une lampe défilaient accompagnées par le récitant jouant le plus souvent avec l’actualité et improvisant au fil de la représentation. Rodolphe Salis aura été le meilleur exemple des récitants du théâtre d’ombres.

    Pour ce qui me concerne; ma connaissance du Chat Noir se limite à une rengaine extraite d'un chanson composée par Aristide Bruant. Un "tub" d'une époque révolue. Voici les paroles. Nombreux seront celles et ceux qui pourront les chanter dans l'instant.

    Je cherche fortune,
    Autour du Chat Noir,
    Au clair de la lune,
    A Montmartre!
    Je cherche fortune;
    Autour du Chat Noir,
    Au clair de la lune,
    A Montmartre, le soir
     


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    Hello ! Le soleil brille, brille, brille. Le pont qui enjambe le Trieux n’a que trop peu de choses à voir avec celui de la rivière Kwaï qu’un film inoubliable, datant de 1957, a rendu célèbre. Si j’en viens à faire ce parallèle cela tient aux circonstances. Primo, le soleil brille toujours en cette fin d’été  au-dessus du Trieux comme il chauffait sur la rivière Kwaï,  mais je ne dois pas être le seul à me souvenir que c’est la regrettée Annie Cordy qui aura popularisé la chanson extraite de la bande sonore de ce film. Regrettée ? Oui ! Sincèrement regrettée, parce que ce personnage qui ne fut que cathodique pour ce qui me concerne, meneuse de revue, chanteuse et actrice belge, aura su me débrider les zygomatiques, même dans les périodes de forte grisaille.

    Le rire était consubstantiel à sa personne, à sa façon d’être ? Peut-être était-ce la meilleure façon qu’elle avait de se protéger elle-même. Tout le talent d’un artiste est de masquer ses propres états d’âme. Du talent Annie Cordy en avait pour distiller la joie de vivre. « Tata Yoyo » nous a quittés en ce mois de septembre. « La bonne du curé » a rendu son tablier.

     

    Un chardon bleu pour la bonne du curé

     

    Le soleil brillait, le 12 septembre sur les hauteurs de Cannes, à l’heure des adieux. A lire les comptes-rendus des journaux, ce ne fut pas sans fleurs ni couronnes. Annie Cordy aimait les fleurs. Roses pâles, dahlias jaunes, marguerites rouges ont accompagné sa sortie de scène. Ajoutons y ce superbe chardon bleu que Claudine Vanlerenberghe a photographié, en l’accompagnant de quelques strophes, sans que cela ait le moindre rapport avec le sujet de cette chronique!

     

    Est ce un coronavirus 

    Cette boule bleu de Prusse?

    Non c’est un joli chardon.

    Et pas de distanciation

    Pour ces Vertes sauterelles

    S'ébattant dans la venelle.

     

     

    Effectivement, la fleur du chardon a un apparentement avec le coronavirus. Tel qu’on nous le représente et tel qu’il continue et continuera à peser dans nos pensées. Car, nous n’en avons pas fini avec le syndrome du Covid 19. Mais ce n’est pas en pensant à cette sphère meurtrière que m’est venue l’idée de publier cette humeur du jour. Que Claudine me pardonne cette transgression du message initial !

    Dans cette chanson extraite du film britanno-américain réalisé par David Lean, que lui a inspiré l’écrivain français Pierre Bouille (1912-1994), agent de la France Libre pendant la Seconde Guerre mondiale, c’est à son Ecosse natale que doit penser et espérer revenir un certain Johnny, alors embourbé dans les vicissitudes de la guerre.

     

    Hello le soleil brille brille brille
    Hello le lilas fleurira
    Là-bas dans ton Ecosse
    Le jour des noces
    De ta soeur Anna

    Accroche-toi quand l'orage va gronder
    A l'espoir qui te fait marcher
    Il faut lever la tête en chantant
    Car la victoire aime

     

    Le chardon est l’emblème de l’Ecosse. Dans le vaste répertoire de ses chansons, retenons également le plaisir qu’Annie Cordy a dû éprouver à enfilant le kilt à motif de tartan pour interpréter Le clan des Ecossais.

    Ce n’est certes pas la plus célèbre mais, en ces circonstances, elle porte également témoignage de ce fut cette comédienne.

    Cliquez sur ce lien pour vous en faire votre propre idée!

     

    https://www.dailymotion.com/video/xvwc3a

     

    Pour ce que l’on en sait, Annie Cordy est décédée suite à un malaise cardiaque et non d'une infection par le coronavirus. A l’âge de 92 ans.

    Anoblie en 2005 par le roi des Belges,  avec le titre personnel de baronne, elle choisit pour devise « La passion fait la force ». Elle avait la passion de vivre.

    Cultivons cette passion en déjouant les pièges du Covid 19 ! C’est ainsi que nous verrons refleurir les chardons bleus devant lesquels, soit dit en passant,  les fleurs de nos artichauts n’ont pas à rougir

    Hello ! Le soleil brille brille brille.

     

                                                                                                                 Claude Tarin

                                                                                                       Dimanche 13 septembre 2020

     


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