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Voilà !

 

V comme Vent ; V comme Voilà ; V comme Verne. Trois vocables marqueurs d’un week-end de Pentecôte peu enchanteur. Quoique !

V comme Vent. Le vent ? Qu'y puis-je ? Il est consubstantiel à mon bien être. Oui j’aime le vent. Je n’en ignore pourtant pas les méfaits, sur terre comme sur mer, mais c’est un compagnon dont j’apprécie les visites, si ce n’est les colères qui mettent en mouvement la nature environnante pour nous offrir des spectacles titanesques.

J’ai déjà eu l’occasion de rappeler ce souvenir. Nous venions de jeter l’ancre à Kermouster. Au café bar épicerie, première rencontre avec Monsieur Merlot ; un robuste Savoyard venu vivre sa retraite au pays de sa femme. Hubert Merlot aura aimé vivre ici et nombreux sont les Kermoustériens qui se souviennent de son engagement au sein du CAK, le Comité d’animation de Kermouster, l’ancêtre de l’Amicale. Un seul point noir pour lui : le vent. (cf. Hubert Merlot n’est plus, chronique du 26 septembre 2012).

Je ne me fais guère d’illusion. Son point de vue reste majoritairement partagé, mais je n’en démords pas ; il nous faut aimer le vent. Il est souffle de vie. Je vous rassure cependant ; je ne suis pas sans apprécier, tout comme vous, ces espaces temps où il s’en va souffler ailleurs.

Ce week-end de Pentecôte, ce n’est pas le vent qui nous a conduits à nous mettre à l’abri. C’est plutôt dame Pluie  qui a pesé sur notre envie de prendre l’air. Il y a des jours comme ça où c’est tout un art de passer entre les gouttes.

V comme Voilà. Bien que peu enclin désormais à m’immerger dans le nouveau monde des variétés, je n’ai pu échapper à ce souffle d’air frais qui a fait vibrer d’émotion la membrane des tympans. Je me contrefiche du classement de Barbara Pravi au Concours de l’Eurovision dont je n’ai d’ailleurs pas suivi le déroulement, l’événement ne figurant pas dans les priorités de ce samedi 22 mai. Aurait-elle terminé à la dernière place que cela n’y changerait rien. Cette jeune Française, d’origine serbe et iranienne,  a tout pour elle. La voix, le talent, un joli minois mais, surtout, une fraîcheur et vivacité d’esprit. J’y ajoute, une sincérité dans le propos.

Compositrice, Barbara Pravi a tous les atouts pour nous prouver qu’elle saura à nouveau nous enchanter avec des textes qui donnent à la chanson populaire sa véritable noblesse.  Propos d’un « vioque  qui a de l’âge » ? Peut-être ! J’assume ! Je sais que je ne suis pas le seul à la comparer à la Môme Piaf que les moins de vingt ans... Reste à espérer qu’elle saura éviter les pièges du monde du show-biz, si prompt à vous transformer une artiste en potiche. Les sunlights peuvent vous brûler les ailes en peu de temps.

V comme Verne. Les incertitudes du ciel nous ont amenés ce lundi à ouvrir le poste de télévision à une heure inhabituelle. Mais, pour un bon motif : la dictée, France 3 s’inscrivant dans le sillage de l’heureuse initiative qu’avait prise, en son temps, Bernard Pivot. Vioque je suis, vieux grincheux peut-être, là aussi il me faut assumer, mais n’est pas Bernard Pivot qui veut, du moins dans ce type d’exercice. Que de blablablas avant d’en arriver à l’essentiel, la découverte du thème et la lecture de la dictée. Non pas qu’il faille donner à cet exercice un côté coincé ; si l’on peut ajouter au plaisir de la dictée une bonne dose de légèreté, Pivot ne s’en privait pas, ce n’est que mieux. Mais baragouiner pour tenir le temps d’antenne et maintenir un faux suspens, il y a mieux à faire. Mais bon, cette façon de faire a peut-être convenu au public ciblé, celui des collégiens. Ce n’est plus de mon âge.

C’est donc Jules Verne qui a été mis à l’honneur avec un extrait de son roman De la Terre à la Lune. On peut comprendre les raisons de ce choix, à l’heure où une voix française nous donne des nouvelles de la navette spatiale internationale. Ce n’est assurément pas le meilleur ouvrage de Jules Verne. Son capitaine Nemo de Vingt mille lieues sous les mers,  Les Enfants du capitaine Grant et le professeur Otto Lidenbrock de Voyage au centre de la Terre continuent à vagabonder dans la mémoire. Puisse, cependant, cette dictée avoir donné envie à ces collégiens de s’immerger dans l’imaginaire d’un écrivain qui a tant apporté à la littérature française. Lire, c’est voyager dans le temps.

Voilà ce qu’il m’a semblé utile d’écrire au lendemain de ce week-end de Pentecôte. Mais, autant jouer cartes sur table, avec, d’emblée, une idée derrière la tête : évoquer le plaisir que j’ai éprouvé à lire Un été avec Rimbaud de Sylvain Tesson (Éd Équateur France Inter), l’auteur de La Panthère des Neiges, prix Renaudot en 2019. « Lire Rimbaud vous condamne à partir un jour sur les chemins » dit ce marcheur invétéré. Lire le Rimbaud de Sylvain Tesson aura été un bon moment d’évasion.

Rimbaud, l’homme aux semelles de vent comme on l’a surnommé ; un portrait façonné par une plume jubilatoire nourrie par l’intarissable besoin de marcher à la conquête du soi. Ce livre, on l’apprécie pour ce qu’il nous dit de celui qui a donné des couleurs aux voyelles. A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu. On pourrait fêter cette année le 150ème anniversaire de ce sonnet écrit par un jeune homme de 17 ans, une poésie de référence. « Rimbaud, selon Sylvain Tesson, c’est l’homme qui voulait être roi, devenu le valet de son sort ».

Rimbaud une comète, tout aussi fulgurante qu’éblouissante. Une icône portée aux nues souvent sans discernement par nombre de Trissotins, dont Tesson dénonce la suffisance.  Sylvain Tesson le ramène à ses vérités d’homme. Il nous invite à disserter sur cette définition du poète par Rimbaud lui-même : « Je est un autre ». Vaste question philosophique que je vous invite à prendre en compte. Mais une certitude exprimée au travers d’une phrase : poètes et écrivains ont la capacité, talent aidant, à recomposer le monde avec vingt-six lettres.

Voilà... c’est tout pour aujourd’hui !

 

                                                                                                                                    Claude Tarin

                                                                                                                                Mardi 25 mai 2021

   

 

 

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