Tourner la page ! C’est ce que vient de faire Irène Quichaud (précédente chronique). En se pliant à la raison, car elle en avait gros sur le cœur de quitter le hameau, après y avoir vécu une trentaine d’années. Mais nous lui disons à nouveau que là où elle commence à écrire un nouveau chapitre, le cœur va battre au diapason de ceux de ses proches. Quoi de plus appréciable !
Tourner la page ! Il n’en va pas non plus comme d’une lettre à la poste quand, au sortir d’un scrutin, tous vos espoirs se sont envolés! Les soubresauts qui ont, à Lézardrieux, fractionné le camp des battus, dont la presse s’en est fait l’écho, sont révélateurs d’un désarroi submergé par une vive déception. Il en va ainsi à chaque élection. Pour les battus, la pilule est toujours amère. Tourner la page, c’est d’abord digérer ce que l’on vit comme un désaveu, si ce n’est une injustice. La démocratie, ce jour là, ne fait pas que des heureux.
Le temps fera son œuvre, les cicatrices se refermeront et la page sera tournée. Reste simplement à espérer que l’envie d’agir pour le bien de sa commune, comme cela a été affirmé durant la campagne électorale, finira par renaître. Si opposition il doit y avoir, que celle-ci ne soit pas stérile, mais constructive. Dans l’intérêt général.
Pour ceux qui ont maintenant la charge de conduire les affaires durant les cinq ans qui viennent, la page de l’espoir teinté de doute est bel et bien tournée, mais l’heure n’est plus à la jubilation. Il leur faut agir sans perte de temps, pour pouvoir, à leur tour, marquer de leur empreinte l’histoire en continu de la commune. Ils ont reçu mandat du corps électoral, mais ce mandat n’est en rien une carte blanche.
Tourner la page ! Telle était mon intention début janvier. Pour diverses raisons, je souhaitais clore définitivement la publication de ce blog. Quelques personnes étaient dans la confidence. À l’approche de la campagne électorale, cette intention demeurait. Et puis les circonstances en ont décidé autrement. Ce qui vous vaudra de visionner ces coups de cœur que me procure notre cadre de vie. Ce mardi matin, il a fait bon, une fois encore, tourner son regard vers le pays du soleil levant.
À vrai dire, tout s’est joué à partir du questionnaire qu’une majorité de Kermoustériens a adressé aux deux candidats au poste de maire. Ce jour là, le blog a incontestablement servi de plateforme démocratique. De cela, je pense, tout le monde peut en convenir. Pourquoi n’en serait-il pas ainsi demain ?
On me reconnaîtra le souci constant qui fut le mien de faire en sorte qu’il en soit ainsi. Combien de fois ai-je écrit que ce blog était l’affaire de tous et que l’on pouvait y défendre des idées…voire autres que les miennes, même si j’ai du mal à penser que l’on ne puisse pas se sentir citoyen du monde, ne serait-ce déjà qu’européen. Quelles que puissent être encore ses imperfections, l’Union européenne est notre seule voie d’avenir.
Quant à mon regard sur ce qui fait la France d’aujourd’hui, confrontée de plein fouet, comme tout le reste du monde, par la pandémie, je ne puis que regretter la vacuité du débat politique via les talk shows des « hauts plateaux » de télévision. Là où il convient de garder son sang froid, de faire preuve de patience et de responsabilité, ce n’est trop souvent qu’invectives et coups de canif dans l’entente nationale. Le virus de la présidentielle est tout aussi néfaste que le coronavirus.
Tout cela je l’ai dit et exprimé maintes et maintes fois depuis plus d’un an. On peut contester ce point de vue qu’irrigue un indéniable désabusement. L’essentiel est de le faire en s’appuyant sur une narration rigoureuse et surtout respectueuse des règles d’un dialogue constructif. Tout l’inverse de ce qui se passe sur les réseaux, dont il me faut encore souligner le rôle néfaste qu’ils jouent sur la société.
Cette invite à « chroniquer » n’ayant été que trop rarement satisfaite, ajoutée à cette lassitude générée par l’effet Covid, j’en étais arrivé à minimiser l’intérêt de poursuivre en étalant mes états d’âme. Là n’était pas l’objectif premier de la démarche engagée voilà une douzaine d’années. L’initiative prise par Philippe Le Grand, qui s’est concrétisée par la mise en ligne de ce questionnaire à l’adresse des candidats, a, finalement, agi tel un antidote contre le découragement.
Me souvenant avoir entendu Philippe Le Grand susurrer du bout des lèvres l’idée d’un comité de quartier, je me suis raccroché à cette idée que le blog, tout en conservant son aspect « joie de vivre ensemble », pouvait être, là encore, un relais efficace pour enrichir la réflexion de nos élus. N’avons-nous pas accompli, puisque ce questionnaire repose sur une large participation des Kermoustériens, un premier pas pouvant conduire à cela ?
Dans sa réponse portant sur le sujet, Henri Paranthoën s’est dit favorable à l’installation de comités de quartier, allant même jusqu’à souhaiter la mise en place de conseils consultatifs ou de groupes de travail quand il s’agit d’un projet concernant la commune dans son entièreté.
Il me semble avoir déjà eu l’occasion de donner ma définition d’un comité de quartier. Mais autant remettre cela noir sur blanc. De mon point de vue, il ne peut s’agir d’une structure avec président, vice-président, trésorier et secrétaire mais d’une structure souple, à géométrie variable selon le sujet traité. De fait, un groupe de travail naturellement légitimé par l’ensemble des résidents pour l’appétence de ses membres à émettre des avis pertinents sur les questions faisant débat pour lesquelles il convient de trouver des propositions générant le consensus. Le blog pourrait s’en faire l’écho.
Est-ce que cette conception d’une vie citoyenne partagée et efficiente peut être majoritairement partagée ? Poser la question, c’est espérer des réponses.
Claude Tarin
Mardi 6 avril 2021