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Les mouches

 

 

Les mouches

 

Elle gisait sur le carrelage. Assurément morte. Une mouche bleue. Pas le moindre doute. Calliphora vomitoria ? Calliphora vicina ? Au risque d’être désavoué par des connaisseurs, je penche pour la deuxième classification.

Une mouche à viande venue rendre son dernier soupir. Par simple épuisement. Une femelle ? Là encore je n’affirme rien, mais il se dit qu’après avoir vidé leurs ovaires et pondu quelque trois cents œufs, les femelles meurent ainsi, peu de temps après.

Je vous fais grâce d’autres précisions concernant la vie intime de cette mouche commune car je crains fort que cela ne fasse qu’amplifier votre répulsion à son égard. Mais, ce lundi, je ne voulais pas m’en tenir au stade des a priori. Cette grosse mouche, à bien y regarder de prés, n’était pas dénuée de tout intérêt. Surtout quand, oubliant les désagréments dont elle a pu se rendre coupable avant d’expirer, j’avais là, sous les yeux, un maillon brisé de la biodiversité.

Les mouches ? Un peuple divers et méprisé. Aucune noblesse reconnue ? A voir !

Me souvenant d’en avoir entendu parler, lors d’un séjour au Laos et au Cambodge, l’idée m’est venue ce jour, en « décortiquant des yeux » cette mouche morte, de valider l’information selon laquelle les mouches pourraient jouer un rôle primordial dans l’alimentation de ce  monde « d’après » dont il nous faut, dès aujourd’hui, travailler à définir les contours. Un monde que l’on sait, présentement, confronté à la malnutrition.

En fait, il est des pays où la mouche, via ses larves et ses asticots, joue déjà un rôle non négligeable. C’est le cas au Laos, au Cambodge, mais, de fait, dans toute l’Asie du Sud-Est, en Afrique et en Amérique latine.

Cela dit, s’il existe quelque 80000 espèces de mouches de par ce vaste monde, dont 5000 en France, seule la Black Solder Fly, la mouche soldat noire monte au front de l’entomoculture. L’Hermetia illucens, c’est son nom scientifique, devance même le ver de farine en ce qui concerne les projets de fermes d’élevage d’insectes.

 

Les mouches

 

Pourquoi un tel engouement ? Parce qu’en termes de production industrielle, la mouche soldat noire peut répondre à deux problématiques : le traitement de nos déchets et l’alimentation complémentaire pour le bétail. Les larves de la mouche soldat noire sont capables, selon les experts, de réduire la pollution potentielle du fumier de 50 à 60%. Comme d’autres larves d’insectes, les asticots de la mouche sont une source de protéines pour les animaux à viande et les poissons d’élevage. Plusieurs sociétés françaises, associées à des start-up, sont sur les rangs.

Et nous ? Faut-il s’attendre à en manger.

Très probablement, via la cuisse de poulet, la côtelette de porc où la truite fumée. Et qui sait si, dans ce monde d’après, on n’en viendra pas à la déguster grillée à la place de la sauterelle ? Sans m’en être totalement entiché, je ne garde pas un mauvais souvenir de ces sauterelles grillées du marché de Vientane, capitale du Laos. On peut s’y faire. Alors, la mouche?….Pas prêt !

Vous l’avez compris, ce n’est pas cette mouche bleue que nous aurons à nous mettre sous la dent. Mieux vaut d’ailleurs ne pas lui laisser loisir d’infester la viande que vous avez projeté de consommer. Des études ont révélé qu’elle véhicule en elle plus de trois cents bactéries pouvant provoquer quelques dérangements après ingestion. Pour autant s’en saisir pour en faire une chronique ne revient pas à faire d’une mouche un éléphant, c'est-à-dire accorder beaucoup d’importance à une chose insignifiante.

Entre une simple rencontre de circonstance et le souvenir d’un questionnement, j’ai trouvé là matière à rappeler que ce monde « d’après » que nous allons devoir rebâtir en fonction de nos réalités d’hier, culinaires ou autres, ne peut faire abstraction de la nécessité qu’il y a à inscrire nos engagements à mieux faire dans un cadre plus large.

Durant cette période de confinement, nous avons eu, quant à nous, cette chance de pouvoir nous sustenter. Dans un pays riche de son agriculture, tout aura été mis en place pour que l’on puisse garnir les assiettes. Ce n’est pas là le moindre de nos privilèges ! Soyons en conscients !

Selon les experts de l’ONU, ce type d’organisme dont Donald Trump n’a que faire, la pandémie qui nous a impactés risque de doubler le nombre de personnes au bord de la famine, le portant à plus de 250 millions d’ici la fin de 2020. Chaque jour, environ 21000 personnes meurent de causes liées à la faim. Les guerres, les aléas climatiques. La Covid 19 n’a fait qu’empirer les choses.

Puisse la mouche soldat noire redorer le blason de l’ordre des diptères qui comprend en son sein tant d’espèces nuisibles pour les cultures. Mais n’accablons pas les mouches de tous les maux, aussi peu agréables soient-elles! Certaines d’entre elles concourent à la polonisation et elles sont nombreuses à transformer nos déchets et nos excréments en engrais dont la terre pourra bénéficier. Bref ! Elles ont, elles aussi, un rôle à jouer. Toutes non pas la dangerosité de la mouche tsé tsé.

 

                                                                                                        Claude Tarin

                                                                                                Lundi 1er juin 2020

 

Haïku du 1er juin

 

Au pied du muret

Sublime  parfum de Junon-

Ephémérides

 

Les mouches

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