« A chaque jour suffit sa peine » ; « Ne remets pas au lendemain ce que tu peux faire le jour même » ; deux proverbes courants parmi tant d’autres qui nous aident, telles des béquilles, à nous situer dans la marche du temps. Évidemment, tout est lié à notre humeur du jour, plus précisément à nos humeurs car celles-ci peuvent varier au fil des heures ; parfois, au gré d’un trait d’humour.
« Il ne faut jamais remettre au lendemain ce qu’on n’a pas fait le jour même, mais qu’on aurait pu faire la veille ou l’avant-veille du surlendemain ». Du Pierre Dac pur jus, faisant écho à cette maxime d’Alphonse Allais selon laquelle il ne faut pas remettre au lendemain ce que l’on peut faire après-demain. L’humour, si proche lexicalement, nous aide incontestablement à tempérer nos humeurs. Cela dit, ne pouvais-je pas suivre le conseil d’Alphonse Allais en repoussant à après-demain cette Humeur du jour ?
Le piège du chroniqueur est de se croire obligé d’ajouter son grain de sel, pour un oui pour un non ; d’endosser le costume du Monsieur qui sait tout. Un travers qui, soit dit en passant, peut se décliner au féminin. Suis-je tombé dans ce travers ? Si je réponds par la négative, j’espère que vous acquiescerez.
Ce jeudi, je n’ai qu’une seule idée en tête : vous faire partager des savoirs fraîchement acquis la veille et qui prennent racine dans des notions au caractère historique.
Si ce 17 février, 29e jour du mois de pluviôse dans le calendrier républicain français, est le jour de la chélidoine, l’histoire retiendra que c’est le 16 février 2020 qu’Olivier Véran enfilait quant à lui le costume de ministre en charge de notre santé. Alors que le Covid 19 nous plongeait dans la sidération, ce neurologue prenait la relève d’Agnès Buzin, candidate à la Mairie de Paris, dans un climat on ne pleut plus délétère. Souvenons nous de la polémique sur les masques et du débat enflammé sur les effets supposés positifs de la chloroquine du professeur Didier Raoult!
Avec Jean-Baptiste Courtol (1834-1902) nous ne quittons pas le domaine de la santé. Ce Parisien d’origine aura toute sa vie durant, après avoir participé à la guerre de Crimée, arpenté les forêts de la Haute-Loire. Pour y récolter des plantes médicinales et les revendre aux apothicaires qui en tiraient des potions miracles. Peut-être ramenait-il souvent de la grande chélidoine, une plante à fleurs dont le latex jaune orangé toxique sera utilisée pour éliminer les verrues. Deux ans durant, Olivier Véran aura du également se battre – excusez-moi chère lectrice ! – contre les remèdes dits « de bonnes femmes » en tout genre. Non pas qu’il faille nier les effets bénéfiques sur la chasse aux verrues de la chélidoine, mais force est de reconnaître qu’on prête outrancièrement aux plantes, trop souvent, des vertus qu’elles n’ont pas.
Cependant, ce n’est pas cette qualité d’herboriste qui vaut titre de gloire à Jean-Baptiste Courtol. Cet aventurier de la nature avait un autre moyen pour trouver des subsides. À son époque, le terme biodiversité n’était pas dans le langage courant et les autorités n’hésitaient pas à mettre la main au gousset pour récompenser les chasseurs de vipères et couleuvres, jugées nocives. Jean-Baptiste Courtol en aurait tué quelque 40000, soit entre 2000 et 3000 par an. Cela méritait d’être rappelé, d’autant plus que cette passion pour les reptiles l’a amené, avec l’aide de sa femme, à confectionner des costumes en peaux de serpents. Celui qui est exposé au musée Crozatier au Puy-en-Velay a été confectionné en 1890 avec quelque 1000 pièces.
Pour la petite histoire, on retiendra que le chasseur s’est fait lui-même apothicaire en concoctant un onguent extrait de ses proies. Il le pensait efficace, mais il succombera suite à une morsure d’une vipère aspic, le 12 juin 1902. Cela méritait d’être rappelé car la notoriété que ce costume en peaux de serpents lui a fait endosser s’est effilochée au fil de ces cent-vingt dernières années.
Autre fait historique à remettre en lumière : c’est ce mercredi 16 février que toutes les gazettes de France auraient dû fêter le 90e anniversaire du moulin à légumes de Moulinex. Alors que l’on évoque la reconquête du tissu industriel, il y avait là matière à nous faire, a posteriori, pousser un cocorico.
« J’ai fait fortune parce qu’il y avait des grumeaux dans la purée de ma femme » s’amusait à dire Jean Mantelet (1900-1991). De fait cette invention, dont il déposa le brevet le 16 février 1932, va le propulser sur le devant de la scène. Dès sa sortie, c’est un succès. Entre 1933 et 1935, il va s’en écouler plus de 2 millions d’exemplaires. Il n’est pas sûr que ce moulin qui a tout de la silhouette d’un robot se posant sur la planète Mars gravite toujours autour des éviers des cuisines. Trop exigeant en huile de coude ? Un objet culte cependant qui peut, en cette année d’anniversaire, lui valoir un regain d’intérêt dans les brocantes.
L’ Amicale de Kermouster organisera-t-elle cette année une brocante? À l’heure d’aujourd’hui cela n’est pas acté. Ce qui paraît cependant de plus en plus probable, c’est que nous approchons de la sortie du tunnel et que nous pouvons espérer, avec le retour du printemps, enfin reprendre le cours d’une vie normale. Et quoi de plus normal pour des élus que de prendre le pouls de leurs mandants.
Ce n’est pas être une langue de vipère que de dire que le compte-rendu du conseil municipal, tel que publié dans la presse ce mercredi 16 février, nous laisse quelque peu pantois. Encore une fois il ne s’agit pas de tirer la couverture à soi, puisque nous ne doutons pas qu’il y a par ailleurs bien d’autres problèmes à résoudre, mais l’information, telle qu’elle nous est parvenue, est par trop sibylline, notamment pour ce qui concerne l’assainissement.
Henri Paranthoën le dit : « le sujet n’est pas enterré ». On évoque une réunion au niveau de la Communauté de communes qui s’est tenue en novembre 2021. Lannion-Trégor-Communauté envisage, dixit, un aménagement collectif qui concernerait également Pleumeur-Gautier et Lanmodez. Soit ! Espérons que cela ne sera pas un serpent de mer !
Est-ce qu’une réunion sur ce thème, permettant de recueillir les attentes, suggestions et appréhensions des résidents du hameau n’entre pas dans les prérogatives de la municipalité ? Histoire de conserver la main sur ce dossier et sonder les cœurs en amont pour éviter bien des rejets. Et là, pour espérer convaincre et apaiser les esprits, il convient de ne pas remettre aux calendes grecques ce qui pourrait se faire demain, après demain, voire le surlendemain.
Pour ce qui est du devenir de La Cambuse, on ne peut qu’attendre la décision du tribunal qui, au plus tôt, sera prise courant mars. Pour autant, comment ne pas faire cette piqûre de rappel, dépourvue de tout venin : il est grand temps de finaliser le chantier ouvert à ciel ouvert derrière l’ancienne école. Une verrue assurément, qui mérite un traitement de choc.
Comme on se prend à l’espérer, nous approchons des « beaux jours », il convient que tout soit mis en œuvre place du Crec’h pour éviter que fleurissent à nouveau ces panneaux indiquant aux visiteurs de passage, désireux de se soulager à même le point du point de vue, qu’il y a un danger à baisser culotte en ce lieu puisque vipères il peut y avoir dans les talus. Jean-Baptiste Courtol n’est plus de ce monde.
Claude Tarin
Jeudi 17 février 2022