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La Peste

Encalminé dans un Riad de Marrakech, voici deux jours à peine, accroché à l’espoir de pouvoir obtenir pour nos compagnons de voyage, tous Presqu’îliens de cœur, mon épouse et moi-même, un billet retour vers la mère Patrie, je me suis fais la promesse de relire La Peste d’Albert Camus. Hélas, revenu à la maison, je n’ai point retrouvé ce « livre de poche » qui, comme tant d’autres, m’aura, au sortir de l’adolescence, permis de structurer mon regard sur un monde porteur d’avenir.

Ce vendredi matin 20 mars, je constate, via Internet, que nous sommes nombreux à y avoir pensé. Bien sûr, il me serait peut-être possible de recourir au service de vente en lignes pour me le procurer au plus vite, mais j’attendrai des jours meilleurs. Non pas par refus dogmatique du commerce en ligne, mais parce qu’il me semble important de faire preuve de solidarité avec les libraires indépendants, lesquels subissent, avec une force redoublée, la concurrence, cette fois mortifère, du mastodonte Amazon.

Quand le coronavirus aura cessé de jouer les empêcheurs de tourner en rond, rien ne serait plus navrant de constater que les livres ont définitivement disparu des devantures. Le libraire, comme tant d’autres commerçants de proximité, joue un rôle fondamental au sein de notre société. Tout ne peut et ne doit pas passer par écran interposé, même si, il convient de s’en persuader, le numérique a potentiellement de nombreuses vertus.

La première aura été de permettre aux chercheurs et médecins de pouvoir échanger rapidement pour confronter leurs savoirs dans le domaine de l’épidémiologie. La mise en réseau, quand elle est animée par le souci de l’intérêt général, en l’occurrence à l’échelle mondiale, peut, à terme, nous être bénéfique.

La deuxième relève d’un constat. Alors que nous voici contraints à rester enfermés entre nos quatre murs, le numérique nous offre une fenêtre d’aération. On peut établir le contact avec tous ceux qui ont besoin de réconfort ou qui peuvent nous réconforter nous-mêmes. Mais je n’oublie pas qu’en ce début de XXIe siècle des pans entiers d’être humains ne sont pas en mesure d’en maîtriser les subtilités. Même à deux pas de chez nous. Ne les oublions pas ! Ils ont un téléphone à portée de la main.

Sans cette maîtrise, mon épouse et moi-même, comme nos compagnons de voyage, nous en serions encore à nous morfondre dans un pays ayant également mis en place le confinement obligatoire.

Si vous avez déjà eu l’heur de découvrir ce beau pays qu’est le Maroc, vous n’êtes pas sans connaître la célèbre place Jemaâ el-Fna. Lundi dernier encore, le cœur de la médina de Marrakech vivait au rythme incessant des jambés et, entre mille et une attractions qui donnent à cette place son aspect fourmilière, les cobras faisaient le beau au son d’une musique lancinante. Vingt-quatre heures plus tard, les charmeurs de serpents, les vendeurs à la sauvette d’objets souvenirs s’étaient évaporés, les échoppes sur roue avaient baissé rideau. A défaut d’être sidéral, un vide sidérant.

Internet nous aura permis de nous extirper du piège dans lequel nous étions tombés suite à ce désir non maîtrisé de pouvoir nous confronter aux réalités du désert. Aujourd’hui, même si on ne peut que le regretter, voyager sans ces petits boîtiers magiques, qui se jouent du temps et des distances, c’est prendre un risque supplémentaire. Ils ne peuvent cependant gommer toutes les difficultés. Présentement, des milliers de personnes à travers le monde sont encore dans l’incapacité de pouvoir décrocher un billet retour pour leur pays d’origine. Pour ce qui concerne nos compatriotes, on se doit d’espérer que les autorités, par ailleurs confrontées à une foultitude de priorités, sauront leur venir en aide. Que l’on s’en persuade ! Etre confiné chez soi est un moindre mal.

Mais revenons en à La Peste de Camus. Je me souviens du cadre choisi par l’auteur. L’Algérie. Plus précisément Oran. C’est certainement le fait d’être à Marrakech qui a fait ressurgir le souvenir de ce livre que j’espère pouvoir relire, même si un jour prochain je découvre que nous avons trimballé dans nos bagages un passager clandestin répondant au nom de code Covid 19. Il ne nous restera plus, à mon épouse et à moi-même, qu’à puiser dans le message que lançait alors – La Peste a été écrit en 1947 – celui qui recevra, dix ans plus tard, le Prix Nobel de la littérature. Ce message, c’est celui de la nécessaire résistance. Camus, sous le couvert d’une fiction nous racontant les ravages d’une épidémie dans une ville, exhortait ses lecteurs à ne pas oublier que la Résistance avait permis de contrer la « peste noire », celle du Nazisme.

Dans une chronique récente, Oiseaux de mauvais augure, je soulignais le grand danger des fake news qui inondent Internet. Un effet pervers du numérique. Un virus tout aussi planétaire que le Covid 19, mais qui peut s’avérer, si on ne cherche pas à contrer sa diffusion, encore plus ravageur, puisque s’attaquant à la conscience humaine.

Il est tentant, alors que nous souhaitons tous recouvrer des raisons d’espérer, de farfouiller sur la toile pour y trouver une parole qui rassure, mais qui, si on n’y prend pas garde, annihilera tout esprit critique. Des supposés discours de bons sens peuvent réveiller in fine des démons.

Résister, c’est faire un effort sur soi-même, confronter ses peurs à la raison, garder son sang froid. C’est prendre conscience qu’une partie de la solution au terrible problème qu’il nous faut partager repose sur notre capacité à chercher au plus profond de nous même cette force intérieure qui nous confère notre dignité.

Soyons responsables de nous-mêmes par respect pour les autres ! L’épreuve est rude. Nous pouvons en sortir la tête haute !

 

                                                                                                                Claude Tarin

                                                                                                           Vendredi 20 mars 2020

N.B.- Je rappelle que « Kermouster et l’humeur du jour » est une plate-forme sur laquelle chaque Kermoustérien peut s’exprimer. A une seule condition : que votre écrit ne soit pas en contradiction avec les valeurs qui sous-tendent et ont sous-tendu ce blog depuis sa création en 2012.  S’il ne s’agit que d’ajouter un commentaire à une chronique, je veillerai à ce que ces valeurs soient également respectées. Les commentaires mettant en cause nominativement des personnes seront effacés dès l’alerte de mon hébergeur

 

La place Jemaâ el-Fna, à Marrakech. Encore très animée au soir du dimanche 15 mars (photo ci-dessus) mais presque vide deux jours plus tard alors que commencent à se faire sentir les mesures de confinement prises par les autorités marocaines.

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C
Je suis persuadé qu'à Kermouster nous saurons donner du sens au mot solidarité. Il nous faut réfléchir à la méthode qui sera la plus efficace. Nul doute que nous saurons mettre en place un réseau de soutien.
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F
Content de vous savoir de retour. Restons unis et solidaire face à la peur de ce virus. Si je peux aider quelqu'un dans le village surtout n hésitez pas à venir taper ou crier devant la maison celle-ci est toujours ouverte.
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