Plein soleil alors que la Presqu’île se relève tout juste des dégâts causés par de violents orages. Cela devrait durer jusque dimanche prochain. Météo France annonce à nouveau des orages pour le 19 juin. Tant dans le ciel que sur terre plane le risque de surchauffe puisque ce dimanche marquera la fin du long, trop long feuilleton électoral, en surtension à quelques heures du deuxième tour des législatives. Il y a de l’électricité dans l’air, mais pas seulement ; les petites phrases assassines inondent aussi les réseaux numériques. De quoi décourager encore plus nombre d’électeurs.
Que l’on ne s’y trompe pas ! Je ne viens pas absoudre les trop nombreux abstentionnistes du premier tour des législatives, ceux dont le réflexe démocratique s’est gravement émoussé. Sur la palette électorale, ce n’est pourtant pas le choix qui fait défaut, mais peut-être en sont-ils arrivés à se contrefiche totalement de qui aura la lourde tâche de diriger le pays. Les abstentionnistes constituent aujourd’hui une majorité de citoyens ; une majorité sans chef de file. Attention ! Danger !
Je sais que, écrivant cela, je prends le risque de heurter quelques sensibilités – peut être-vous qui me faîtes l’honneur de me lire – mais j’en suis ce jour arrivé à applaudir des deux mains tous les citoyens et citoyennes qui ont pris le temps d’aller, dimanche dernier, déposer leur bulletin de vote dans les urnes ; même ceux qui contrarieraient fortement l’idée que je me fais de la vie démocratique si le scrutin final confie la conduite du pays à leurs mandants. Que les abstentionnistes, qui pensent, à tort, que la politique ne sert à rien, ne viennent pas, après coup, se plaindre d’un tel scénario.
Alors autant dire qu’en ce début de semaine « je l’ai plutôt mauvaise ». Même baignant sous un plein soleil, ce pays (encore) verdoyant montre un visage excessivement désolant. Le débat est nécessaire, inhérent à la démocratie, pour permettre de situer les enjeux, mais quand il prend cette tournure il ne peut qu’être contreproductif.
Ayant utilisé le mot scénario me revient le souvenir de ce moment de télévision, capté par le plus grand des hasards, durant lequel le jury du Festival de Cannes remettait à une actrice iranienne le 1er prix d’interprétation féminine. Héroïne d’un thriller (Les Nuits de Mashad), Zahra Alir Ebrahimi déclarait sous l’emprise d’une émotion non feinte: « Ce soir j’ai le sentiment d’avoir eu un parcours très long avant d’arriver ici sur cette scène…un parcours marqué par des humiliations » a-t-elle dit en remerciant la France de l’avoir accueillie en 2008. Un pays avec « des gens heureux qui adorent être malheureux ». Cette femme avait été contrainte de s’exiler après la diffusion sur les « réseaux sociaux » de scènes sur sa vie privée. L’Iran n’est pas le seul pays, hélas, à asservir sa population. Point n'est besoin d’en faire l’énumération.
Sans nier les difficultés que nous rencontrions déjà mais que la situation internationale aggrave, certes à des degrés divers selon nos revenus, force est de reconnaître qu’au regard de ce qui se passe dans d’autres parties du monde, nous ne pouvons faire que des envieux. Merci à Zahra Alir Ebrahimi de nous l’avoir rappelé. Ne gâchons pas cette chance!
Claude Tarin
Mardi 14 juin 2022