• Que la lumière soit !

    Que la lumière soit !

     

    Voici venir à grand pas Noël et la fin de l’année. Ce lundi, la chapelle a recouvré son tablier de guirlandes. Le grand sapin, décoré comme il se doit, se dresse à l’endroit habituel. Cette année, il devrait pouvoir faire face aux humeurs du temps contrairement à l’an passé. A son pied, un socle en béton qui pèse 2,6 tonnes. Quelques enseignes lumineuses accrochées à des poteaux complètent le dispositif.

    Ces lumières festives de fin d’année contrastent fortement avec l’ambiance délétère du pays. A quelques kilomètres d’ici, se trouvent des hommes et des femmes qui crient leur désespoir, campant sur un rond-point, vêtus d’un gilet jaune. Ailleurs, dans des villes, la colère a fait place à la rage. Plus personne ne semble vouloir croire au Père Noël. !  A l’heure où le jaune est synonyme de colère, force est de constater que l’on n’y voit plus très clair.

    Rien n’est simple, Tout se complique. Il y a une quarantaine d’années le dessinateur illustrateur Sempé mettait le doigt sur une de nos caractéristiques : la difficulté que nous avons à gérer nos propres contradictions, nos incohérences. Du sommet de l’Etat jusqu’au citoyen de base.

    Ce n’est pas d’aujourd’hui que nous voulons tout et son contraire. Mais si rien n’est encore simple, tout semble être encore plus compliqué qu’à l’époque où Sempé a publié ces deux albums. Le facteur temps s’est démultiplié. La planète poursuit sa mutation, technologie aidant, mais dans l’urgence climatique. Notre Hexagone gravite désormais dans la quatrième dimension. A en avoir le tournis

    Mais de là à tomber dans le fatalisme, il y a un pas que nous ne devons pas franchir. Cette angoisse du devenir ne nous dédouane pas du devoir d’apporter des correctifs à cette trajectoire qui semble, à tort ou à raison, nous conduire droit dans le mur. Cela n’est pas l’affaire d’un seul homme, fût-il Président.

    « La liberté politique ne se trouve que dans les gouvernements modérés…que lorsqu’on n’abuse pas du pouvoir, il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». Citant  cet extrait du livre XI, chapitre IV de L'esprit des lois, Jean Lacouture, dans un ouvrage publié voilà quinze ans *, souligne ici « l’essentiel » du message que nous a transmis, il y a tout juste deux cents soixante-dix ans, Charles-Louis de Secondat, seigneur de la Brède, baron de Montesquieu. « L’essentiel, écrit Jean Lacouture, est dit : que la société, encadrée par des lois dont l’origine est raisonnable, compte tenu des données (sociales et climatiques) de la société considérée, doit tendre à la liberté, que fonde la modération du pouvoir par la mise en équilibre de ses composantes.» Beau sujet de dissertation sur lequel, nous qui nous gargarisons d’être les héritiers du siècle des Lumières, nous devrions à nouveau nous pencher.

    A l’heure où j’écris ces lignes je ne sais pas si la lumière jaillira au sortir de ce dialogue de sourds entre le Pouvoir et ses composantes, mais je vous soumets cette autre maxime de Montesquieu que nous rappelle son biographe : « Si je savais quelque chose qui me fût utile, et qui fût préjudiciable à ma famille, je le rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose utile à ma famille et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l’Europe et préjudiciable au genre humain, je la regarderais comme un crime. »

    Même s’il convient de ne pas oublier le contexte de l’époque qui a conduit Montesquieu à dévoiler une pensée qui fait toujours référence, je retiens la pertinence de ce propos. L’Europe de Montesquieu, c’est encore celle des rois. Sa théorie des climats peut être sujette à contestation. Elle n’a en tout cas aucun rapport avec le réchauffement climatique. Mais cette maxime nous rappelle à notre premier devoir : vivre notre citoyenneté en toute lucidité.

    Que la lumière soit !

     

    * Montesquieu, Les vendanges de la Liberté, Editions du Seuil (2003)


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