• Peinture : le regard pénétrant de Pauline Hégaret

    Le regard pénétrant de Pauline Hégaret

    Des yeux vert tendre, qui surplombent un  sourire franc, lumineux. Un regard pénétrant d’où émerge un esprit vif, enjoué, curieux et passionné. Certes on n’expose pas sans se préparer à la ritournelle des questions. Exposer, c’est s’exposer. Donc mieux vaut avoir préalablement ciselé ses réponses, son argumentation. Mais chez Pauline Hegaret, le naturel ne désarme jamais. Elle ne campe pas dans une posture.  Le propos n’est pas convenu. Pas de faux fuyant. Du tac au tac, nourri par un imaginaire qui peut laisser pantois si tant est qu’on ne s’y est pas soi-même préparé. Sur son site Internet ( http://hegaretpauline.e-monsite.com ), cette jeune artiste, diplômée en architecture, en ethnologie et en sciences politiques communique sur des notions qui ne sont pas encore bien établies dans le langage commun. On y découvre cependant le fil rouge qui l'a conduite à reprendre, passé le temps des études,  pinceaux et spatules. Un maître mot parmi d’autres : l’érosion. Cette approche picturale met en relief les évolutions géomorphologiques des lieux représentés. Pour ce qui est des corps, il en va de même. Pauline Hegaret explore les codes sociaux. Elle s’inscrit totalement dans le Conceptualisme qui a commencé à pénétrer l’art à partir de la moitié du XXème siècle.

    En faisant escale pour la première fois à Kermouster, cette Paimpolaise, qui a ses attaches à Lanmodez,  a visiblement séduit, si ce n’est convaincu  celles et ceux qui ont eu la bonne idée de franchir le seuil de la salle d’exposition (du 25 au 31  août). Ils n’ont pu qu’être, d'emblée,  frappés et rassurés  par la maîtrise indéniable du dessin au travers d’une galerie de portraits. Le trait de l’architecte s’efface sous celui de l’artiste peintre. Visiblement Pauline Hegaret aime peindre sur grand format.

    Pour l’essentiel, ses portraits sont le fruit d’une immersion dans la culture brésilienne. Il y a cinq ans, la jeune femme découvrait les favelas de Rio de Janeiro et le « Baile Funk ». Dans les danses qui accompagnent cette musique, le corps de l’homme y est virilisé à l’extrême et le torse fréquemment dénudé. Si l’essentiel des tableaux exposés à Kermouster donne la primeur au visage, Pauline Hegaret ne cache pas l’intérêt qu’elle porte à travailler cette veine du corps qui se transforme. Au prochain Salon d’Automne de Paris, son Odalysque (photo ci-dessous), qu’elle a sélectionné pour cette occasion, trônera à deux pas de La Grande Odalisque de Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867), un des nombreux fleurons du Musée du Louvre. Cent cinquante ans après la mort de ce « classique », Pauline Hegaret s’empare du thème de l’esclave vierge des harems pour mettre en application, par le trait au feutre Posca et la couleur acrylique, les préceptes de Marcel Mauss (1872-1950), le « père de l’anthropologie », lequel a notamment étudié la technique du corps, c'est-à-dire la façon dont les hommes, société par société, ont su et savent se servir de leur corps. Ici la touche se fait androgyne.

    « Je reste dans le questionnement. L’univers est-il transformé par l’Homme ? ». Avec ses huiles, ses vernis émaillés de grains de sable ou de terre, Pauline Hégaret aime aussi fixer sur la toile la « force géologique » générée par l’influence de l’être humain. On glisse ici de l’anthropologie à l’écologie même si l’artiste peintre se défend, du bout des lèvres, de tout militantisme. Mais les mots ont un sens et c’est par celui d’anthropocène que la jeune femme nous invite à bien comprendre sa démarche.

    Sous ce terme savant et récent, ayant émergé dans le langage à la fin du XXe siècle, une idée établie : depuis la révolution industrielle les activités humaines ont eu un impact global significatif sur l’écosystème terrestre. L’anthropocène est donc une nouvelle ère dans la chronologie géologique. Nous en sommes les témoins, si ce n’est  les acteurs conscients ou inconscients.

    Si, à de rares exceptions, la peinture "géologique" de Pauline Hégaret se fait figurative, tel ce tableau représentant le phare des Héaux de Bréhat retenu pour cette exposition en Presqu’île,  elle empreinte plus généralement les chemins de l’abstraction, pour chercher à fixer cette chronologie géologique.

    Attardez vous sur la grande photo verticale que nous avons retenue pour illustrer ce billet ! Scrutez bien ce tableau ! Sous vos yeux : le Sillon du Talbert tel qu’il vient de vivre ces trois dernières années. Des coups de butoir des tempêtes de 2014 à aujourd’hui, le cordon de sable et de galets n’a eu de cesse de se transformer. C’est cette transformation permanente que l’artiste peintre a cherché à représenter.

    Donc, sans le dire haut et fort, Pauline Hegaret se sert de sa peinture pour nous adresser des messages subliminaux. Nous vivons dans un monde en pleine mutation. Chaque jour, l’espace marin, qui nous est ici familier, se transforme sans que cela soit immédiatement visible à l’œil nu. C’est gageure que de vouloir peindre le temps qui passe. Mais, au sortir de la palette de Pauline Hégaret, l’art n’est cependant en rien dépouillé de sa première fonction : séduire l’œil.

     

    Le regard pénétrant de Pauline Hégaret

     Recouvrement du Sillon du Talbert & érosion côtière  (130x90 cm), techniques mixtes.

     

    Le regard pénétrant de Pauline Hégaret

    Le regard pénétrant de Pauline Hégaret

     Odalysque (162x95 cm), acrylique & Posca 

     

     


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