• Le bon sens marin s’acquiert aussi en marchant

    Un vent soufflant à 100 kilomètres heure  au plus haut de son humeur, des averses nourries entrecoupées de timides éclaircies, ce samedi 8 décembre il fallait vraiment en avoir envie pour mettre le nez dehors. De fait, ce n’est pas l’envie qui nous a poussés à affronter Eole, mais une nécessité digestive.

    Comme tant d’autres, nous n’avions pu échapper, dès la fin de la matinée, à la tentation de suivre, par l’image, les événements de cette énième journée de mobilisation du mouvement dit des gilets jaunes. L’info en continu ! Le pire et le meilleur. Le pire, dans de telles circonstances, puisqu’elle fait de vous un voyeur en attente…du pire.

    Paris va-t-il brûler ? A quand le drame ? A quand le ou les manifestants gisant sur le pavé, le gilet jaune rouge de sang ? A quand le policer lynché par des casseurs infiltrés  ivres de rage ? Avec en bande son, des commentaires à chaud qui ne vous aident en rien à prendre du recul, mais que les mots utilisés n’ont de cesse d’essayer de justifier. Désespérant !

    Dans le brouillard des lacrymogènes, des relents de haine. A en vomir. Alors ! Oui, il fallait en finir. Tourner le dos à cet écran de fumée et sortir pour prendre l’air. Qu’importe qu’il pleuve ou qu’il vente ! Dehors, loin de cette agitation, il a fait bon marcher. Pour digérer ce trop plein d’images regrettables,  insoutenables. Pour se remettre les idées en place.

    Ce n’est en rien marcher à contretemps que d’avoir mis alors nos pas dans ceux de Jean-Jacques Rousseau. D’aucuns trouveront peut-être que, par les temps qui courent, j’abuse trop facilement des références livresques. Après avoir, dans un précédent billet, évoqué L’esprit des lois de Montesquieu, voici venir les rêveries du  promeneur solitaire. Soit ! Mais cette inclination à évoquer les philosophes des Lumières ne fait que s’inscrire dans l’air du temps. Et ce n’est pas un certain Mélenchon qui pourra m’en faire le reproche.

    Quel tribun ! Force est de lui reconnaître cette capacité à galvaniser un auditoire quel qu’il soit. Lettré ou analphabète, on apprécie toujours les grands moments d’éloquence. Même quand le verbe jongle avec l’excès. Mélenchon est l’archétype du jongleur.

    Sans oublier les raisons profondes qui l’ont amené, une fois de plus, à crever l’écran, le chef de file de la France Insoumise a tenté, lors du dernier débat, de transformer l’hémicycle de l’Assemblée nationale en salle du Jeu de Paume ! Il invitait ni plus ni moins ce jour là le peuple à s’emparer de la Bastille, à mettre fin au règne de celui qu’il n’a de cesse de qualifier de « monarque ».

     

    Ah !ça ira, ça ira, ça ira !

    Les aristocrates à la lanterne,

    Ah ! ça ira, ça ira, ça ira !

    Les aristocrates on les pendra !

    Ah !ça ira, ça ira, ça ira !

     

     

    Reconnaissons à Mélenchon le mérite de ne pas être, dans ces circonstances, un faux cul ! Lui, il n’avance pas masqué. Il prône bel et bien la révolution, quitte à justifier la violence, fruit selon lui de la violence d’Etat. Et qu’importe si, après avoir jeté de l’huile sur le feu, il ne soit emporté par la vague d’épuration qu’un pouvoir dictatorial ne tarderait pas à mettre en vigueur. Car on en est à craindre cela!

    Les révolutions dévorent presque naturellement leurs géniteurs. Qui serait alors le Saint Just qui, comme pour Danton, lui ferait rendre gorge ? François Rufin, présentement son alter ego dans la diatribe ? D’autres noirs esprits, tapis dans l’ombre, rêvent d’un chaos dont ils tireront bénéfice. On ne doit pas en douter, de ce mouvement des gilets jaunes, né d’une compréhensible exaspération, peut surgir une monstruosité qui va bien au-delà de ce qu’ils préconisent. Le serpent jaune de nos rues et ronds points n’a pas de tête. Le venin viendra d’ailleurs. L’histoire récente est là pour nous le rappeler

    Alors Rousseau ? Pourquoi Rousseau ? Pourquoi Jacques le fataliste qui s’exclame ainsi : « les hommes faibles sont les chiens des hommes fermes » ? Parce que…

    Parce que Rousseau est l’homme du Contrat social. Dans un texte intitulé Du contrat social ou Principes du droit politique, publié dix sept ans avant le grand chambardement, Jean-Jacques Rousseau, alors âgé de cinquante ans, jetait noir sur blanc les grands principes qui formeront le soubassement de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 : concilier l’égalité et la liberté, le bien être général contre les groupements d’intérêts, la démocratie par des assemblées législatives et l’établissement d’une religion civile.

    C’est en se ressourçant à ce Contrat social que notre Président doit tirer les leçons de la révolte de ceux qui s’estiment être les oubliés du système. Les principes initiaux de ce texte fondateur  ont du bon. Si à ce jour, quoi qu’en disent ses détracteurs, Emmanuel Macron n’a en rien déchiré le contrat social, il lui faut prendre les engagements qui, tout en restant en adéquation avec les contraintes des temps présents et à venir, permettent à toutes les composantes de notre société  d’être prises en considération.

    Après ce nouveau samedi d’émeutes, tout le pays retient son souffle. Il y a ceux qui n’attendent plus rien de lui, ceux qui sont prêts à le destituer comme jadis Louis XVI, la guillotine ayant malheureusement encore ses partisans,  et ceux qui souhaitent qu’il redonne tout son sens à ce mouvement qui l’a installé à l’Elysée. Concilier l’inconciliable ? Redoutable exercice.

    Ce dimanche, le vent n’avait pas molli. Il ne faisait toujours pas bon être en mer. Comment ne pas penser à celles et ceux dont le métier les mènent à composer quotidiennement avec la houle. Tenir le cap ! Un maître mot du métier. Tenir le cap ? Là est toute la question pour celui qui est à la barre du navire France.

    Tout bon marin vous le dira. Face à une déferlante, il faut agir avec circonspection. Cette tempête furieuse qu’il lui faut affronter est une lame de fond venue de très loin. Il est injuste de l’en tenir seul responsable. Il recueille, de plein fouet, le fruit de renoncements antérieurs, pour certains non dénués de démagogie. Mais, pour s’en tenir au langage maritime dont vous lecteur de ce blog êtes, par nature, habitué, il lui faut prendre en compte les alertes qui clignotent sur le tableau de bord.

    D’avoir confondu vitesse et précipitation tant est grande son aspiration à transformer le pays ? Le cap est bon, la méthode moins. On n’atteint pas la mer de la Sérénité en poussant les feux quand se lève devant vous une telle vague de désapprobation. Pour éviter le naufrage qui adviendrait si la mutinerie se prolongeait, il faut aussi écouter ceux qui sur le pont, de la proue à la poupe, ou à fond de cale en ont marre d’écoper dans le gros temps. Il en va de l’assiette d’un navire comme de l’assiette fiscale : trouver le juste point d’équilibre.  

    Amurer, affaler, mettre à la cape, ce n’est en tien se renier. Cela n’empêchera pas de reprendre le cap quand les circonstances le permettront. Ce cap, c’est une France naviguant de conserve dans une armada européenne fière d’avoir redonné à son pavillon les couleurs d’un idéal.

    La France de l’espérance attend de la reconnaissance, sans condescendance. De l’impatience peut naître la persévérance si le lien de confiance se rétablit.

    On se relève toujours d’un coup de tabac quand on a su, même in extremis, bien manœuvrer. Le bon sens marin s’acquiert aussi… en marchant


  • Commentaires

    1
    MP
    Jeudi 13 Décembre 2018 à 18:35

    J'ai lu attentivement, je partage.

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