• Jean Baron: le souffle du coeur

    Associé en la circonstance à la harpiste Sophie Pagnon, Jean Baron a ouvert ce mardi 18 juillet le cycle des concerts de la chapelle pour la période estivale. Un public nombreux a honoré le rendez-vous avec ce maître sonneur dont la réputation n’est plus à faire, bien au-delà des limites de la Presqu’île.

    Trois jours auparavant, il se trouvait en Italie, à Buttigliera Alta, commune proche de Turin. Il participait à un festival de musique traditionnelle organisé en l’église Ranverso de Saint Antoine. Il y accompagnait la chanteuse et harpiste celtique Anne Auffret, aux côtés de  l’organiste Jean Cédric Salaün, titulaire de la basilique Notre Dame de Guingamp.

    Mardi soir, Jean Baron a, pour celles et ceux qui l’ignoreraient encore, fait montre de son éclectisme. Il ne joue pas uniquement de la bombarde, l’instrument qui lui vaut d’avoir décroché très rapidement le titre de maître sonneur,  mais aussi de la veuze , une cornemuse de Bretagne sud, du biniou coz, du violon, de l’accordéon diatonique et, même, de l’ocarina. Cet instrument à vent, a une résonance particulière dans l’histoire de ce musicien qui s’affirme également par ses cordes vocales.

    Ce n’est pas la première fois que Jean Baron choisit de s’exprimer en la chapelle de Kermouster. Nous nous sommes déjà fait l’écho de ses précédentes prestations. Demeurant à l’Armor Pleubian depuis plus d’une décennie, cette escale offre l’avantage de la proximité. Natif de Saint-Malo, il est désormais « un pays ». C’est donc très naturellement qu’il a, comme c’est également le cas pour Sophie Pagnon, sa nouvelle complice,  rejoint les Sonerien an Trev. Il est rarement absent lorsque ce bagad de Lézardrieux anime le marché du centre bourg, chaque vendredi des mois d’été. Mais, comme le laisse entrevoir son récent séjour en Italie, le maître sonneur est un grand voyageur,  infatigable. C’est ce que nous révèle son autobiographie qu’il vient de publier sous le titre « Chemins du sonneur ».

    Depuis le pays Gallo, où il a grandi, c’est qu’il en a fait du chemin le gamin de l’Assistance publique, porté par un talent découvert en fin d’adolescence. La bombarde lui a permis de trouver sa voie. L’homme a du souffle, l’homme a du cœur. On le sent à travers les lignes de ce qui s’apparente à un  ‘journal de bord » où son relatées les joies, voire les déconvenues des escales.

    Les Chemins du sonneur

     

    Dans une narration, où il se met totalement à nu, Jean Baron nous entraîne sur ces chemins qui lui ont ouvert les portes des festivals et des églises à travers le monde, brisant du même coup les stéréotypes qui laisseraient croire que la bombarde et le biniou ont pour seule vocation de distraire le touriste. Autodidacte, Jean Baron a été un des acteurs du renouveau de la musique bretonne. Mais tout en restant un chantre du festou noz, il n’en demeure pas moins en quête  d’horizons musicaux diverses et variées.

    Souffler dans sa bombarde en s’accordant avec une orgue fait partie de ses exercices préférés. L’ocarina, découvert au tout début de sa carrière, lors d’un festival en Allemagne, aussi. Il ne contente pas de jouer de ce petit instrument qui a traversé l’histoire des civilisations asiatiques, amérindiennes et africaines. Il en fabrique lui-même, à la manière des Mexicains. « Ce fut pour moi, une nouvelle passion ».

    La musique classique voire contemporaine est également au registre de cette quête. Sont ici évoqués les noms des compositeurs Guy Ropars, Jean Crass et Paul Le Flemm, dont Lézardrieux honore la mémoire. Mais également celui de Henri Dutilleux.

    De Bonn à Prague, de Delhi à Bombay, de l’Irlande à l’Ecosse, du Maroc au Burkina Faso, à Minneapolis sur la piste des indiens Creek, la liste de ses escales est longue. C’est à une véritable croisière que Jean Baron nous invite à travers ses mémoires écrites. Avoir joué devant Hassan II, pour son anniversaire, n’est pas anodin, mais d’avoir eu l’écoute du violoniste d’exception Yehudi Menuhin est une satisfaction qui ne s’éteindra pas.

    Jusqu'à son dernier souffle

    Souvenirs personnels certes, mais souvenirs partagés. Jean Baron se montre fidèle en amitié, ce qui fait que son livre est peuplé de noms d’artistes qui l’ont accompagné, jusqu’à ce jour, tout au long de ce dernier demi siècle.

    Bien évidemment, on sent une fierté toute personnelle à travers ses écrits. Grâce à ce talent inné, mais renforcé par un apprentissage de tous les instants, Jean Baron a pu prendre sa revanche sur un début de vie ô combien douloureux. « Chemins de sonneur » s’apparente à un exorcisme. Mais Jean Baron se garde d’oublier tous ces compagnons de route qui l’ont aidé à forger sa réputation.

    Mardi soir, il a su une nouvelle fois convaincre, au travers d’un registre traditionnel où la chanson d’amour se teinte le plus souvent de tristesse. . Pour Sophie Pagnon, cadre de santé à Tréguier, il aura fallu faire preuve « d’une grande concentration ». Si elle peut se targuer d’être une harpiste confirmée – elle a animé douze ans durant les « Boufadous », un spectacle pour les petits Paimpolais – Sophie Pagnon sait que les circonstances de la vie lui ont fait croiser le chemin d’un maître sonneur qui entend se produire jusqu’à son dernier souffle.

      « Jean Baron,Chemins de sonneur ». Publié à compte d’auteur. Deux Tomes. 18€ le premier tome; 20€ le deuxième  donc 38 € les deux (port compris)  ou directement 29 rue de l'Armor 22610 Pleubian ou à la librairie "Bouquine "à Pleubian.

     

     

     

     

     


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