• Guy Vallancien, les robots et nous...à La Cambuse

    Guy Vallancien, les robots et nous...à La Cambuse

    En invitant Guy Vallancien, une sommité du monde médical, à venir nous éclairer sur l’impact des robots d’aujourd’hui et de demain sur notre quotidien, l’association  Le Papillon de la Presqu’île n’a fait que confirmer un fait : le désir du savoir peut suinter même dans l’arrière salle d’un estaminet du bout du monde.

    Ce n’est pas la première fois que La Cambuse est prise d’assaut pour une « Causerie » qui favorise les échanges avec un expert. A Kermouster, comme dans d’autres bistrots de la Presqu’île, Le Papillon entend ainsi virevolter sur les chemins de la connaissance, au gré des opportunités. Or, il y en avait une qu’il convenait de saisir avec la  présence à Kermouster, en cette période de l’été, de ce chirurgien qui vient de publier un nouveau livre (Homo artificialis)  sur le thème des robots (lire une précédente chronique).

    Si Guy Vallancien a la main experte, tant pour extraire une tumeur cancéreuse que pour écrire des livres de référence, il s’avère être aussi un conférencier passionnant, adepte du langage clair et direct, compréhensible par tous. Le mercredi 16 août, à l’heure de l’apéro, ce pionnier de la robotique chirurgicale nous a fait boire du petit lait tout en nous invitant à ingurgiter quelques préoccupations fondamentales.

     

    Intelligence artificielle : un défi pour l’Europe

    Guy Vallancien, les robots et nous...à La Cambuse

     La première relève de l’urgence. A La Cambuse, Guy Vallancien nous a invités, nous autres homo sapiens de base, a relayer ce message auprès de nos dirigeants politiques : l’heure n’est plus aux tergiversations. Le Politique doit prendre ses responsabilités en matière de recherche fondamentale, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle.

     Il situe, à raison, le niveau auquel cela doit être fait, c'est-à-dire celui de l’Europe. Entre les Américains et les Chinois –« L’ordinateur le plus puissant est chinois » - l’Europe accuse un retard tel que repousser à demain les décisions qui s’imposent relève désormais de la faute inexcusable. Car, et c’est en cela que Guy Vallancien en appelle à la prise de conscience, dans ce combat de Titans, l’Europe, ce vieux continent pétri d’humanisme, a une bonne carte à jouer : l’éthique.

    C’est peu dire que ce toubib de renom ne porte pas en odeur de sainteté  tous ces prophètes du transhumanisme qui promettent à l’homme augmenté une quasi-immortalité. Comme l’indique le sous-titre du livre publié par les Editions Michalon (Plaidoyer pour un humanisme numérique) Guy Vallancien ne récuse en rien l’intérêt des robots. Bien au contraire ! Il l’avait déjà souligné dans de précédents ouvrages  ciblant la médecine.

    Dans le domaine qui est le sien, il est, en effet, à même d’évaluer le rôle positif des robots anesthésistes, des robots infirmiers et même des robots aide de vie. Il va même jusqu’à leur concéder le pouvoir de générer de l’empathie. Autant dire qu’ils se rapprochent de la frontière de l’humain, mais…car il y a un mais, nos amis robots, programmés donc déterminés, n’auront jamais, il s’en dit convaincu, les facultés du cerveau humain. Leur puissance de calcul est, certes, phénoménale et va aller en s’amplifiant, mais il leur manquera toujours l’intuition, la capacité à penser.

     

    La médecine de proximité a de l’avenir

    Guy Vallancien, les robots et nous...à La Cambuse

     C’est sur ce fil rouge de ses propres convictions que Guy Vallancien s’est prêté au jeu des questions réponses, devant une assistance on ne peut plus attentive. Et, comme cela était prévisible, la discussion s’est élargie à des questions d’une brûlante actualité.

    Alors qu’un comité s’active à défendre le service des urgences à l’hôpital de Paimpol, alors que la notion de « désert médical » interpelle le subconscient collectif, Guy Vallancien a tenté de rassurer son auditoire. Oui, la médecine de proximité a un avenir, mais cela ne passe pas obligatoirement par un accroissement du nombre des praticiens.

    L’aménagement sanitaire des territoires repose, selon lui, sur un schéma intégrant tous les moyens humains et numériques disponibles. Cela passe par la mise en place de maisons de santé dans lesquelles seraient regroupés les médecins, les infirmiers, les pharmaciens et autres professionnels Ces maisons de santé seraient équipées en matériels adaptés, notamment en imagerie par ultrason. Elles pourraient ainsi assurer la grande majorité des urgences. Elles possèderaient des locaux destinés aux associations de patients, aux assistantes sociales. En équipant ces zones sanitaires d’une aire d’atterrissage simplifiée – d’où la nécessité de bien penser l’implantation – on favoriserait les transferts rapides en hélicoptère vers des plateformes expertes. Ces maisons de santé seraient reliées aux hôpitaux et cliniques par télémédecine.

    Mais, Guy Vallancien pousse plus loin encore son raisonnement. A partir de ces maisons de santé connectées, des consultations seraient assurées par les mêmes équipes à tour de rôle dans les villages voisins, soit grâce à des cabinets médicaux mobiles, soit en utilisant des bureaux mis à disposition par les mairies. A Kermouster, la salle d’exposition qui jouxte La Cambuse pourrait ainsi se trouver une nouvelle vocation de dispensaire. Si les infirmières verraient ainsi leur rôle conforté, même le facteur en chair et en os serait facteur d’une plus grande proximité puisque pouvant apporter des médicaments dans les coins les plus reculés.

    Comme l’a  récemment fait savoir la presse locale, la commune de La Chèze, près de Loudéac, vient de faire l’acquisition d’un bus à cette fin. Est-ce que cette initiative fera boule de neige ? L’avenir le dira.

    On est en droit de se demander pourquoi un tel schéma d’organisation n’est pas encore défendu par tous. Il est vrai que Guy Vallancien sous-tend ses propositions à une condition : laisser les professionnels s’organiser entre eux, sans intervention de l’Etat, ce dernier restant la garant du résultat. Autant dire que le débat est loin d’être clos. Et là, les robots ne peuvent prétendre avoir la parole.

     

     

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