• Bienvenue aux « cobots » ! Vive l’Homo Sapiens !

    Et si demain, c’est un robot qui s’en venait déposer notre bulletin dans l’urne ? Et si demain, nous avions à trancher entre un candidat en chair et en os et un humanoïde dernière génération ? Au lendemain d’une élection présidentielle dont il nous faut maintenant tirer toutes les leçons. ce type de questions peut vous sembler relever du n’importe quoi ou de l’invraisemblable . Et pourtant, ces questions nous devons nous les poser.

     

    Bienvenue aux « cobots » ! Vive l’Homo Sapiens !

    Reconnaissons à Benoît Hamon, le candidat socialiste malheureux du premier tour, le mérite de nous avoir alerté sur ce sujet avec son projet, certes controversé, portant sur la taxation des robots. Ces créatures « sans âme » sont déjà parmi nous. Leur nombre et leurs performances vont aller en s’accroissant ! L’impact sur notre mode de vie et sur notre relation au travail ne sera pas négligeable. Il est d’ailleurs déjà perceptible dans différents domaines. Mais si nous nous faisons, ce jour, l’écho de ce problème, cela tient d’abord à l’opportunité que nous offre la publication d’un livre écrit par un homme dont la silhouette n’est plus étrangère au paysage de notre quotidien.

     Guy Vallancien, chirurgien de réputation internationale, spécialiste en cancérologie, aime, depuis plusieurs années, à se ressourcer en arpentant les rives du Trieux. Pour prendre du recul sur un métier d’autant plus prenant qu’il lui faut sans cesse s’adapter aux évolutions, donc se remettre en question. Membre de l’Académie nationale de médecine, Guy Vallancien est un pionnier de la robotique chirurgicale et c’est donc en connaisseur qu’il nous livre ses réflexions sur ce grand sujet de civilisation.

     

    Ecrit à Kermouster

     

    Bienvenue aux « cobots » ! Vive l’Homo Sapiens !

    Certes, il n’est pas le premier à prendre sa plume pour tenter de cerner ce problème. L’émergence de ce nouveau monde interpelle au plus haut point. Qui veut « comprendre », comme cherche à le faire aussi Joël de Rosnay*, n’a que l’embarras du choix sur les linéaires des librairies. Mais nous ne pouvons que vous conseiller de plonger dans un livre, dont de nombreuses pages ont  été écrites sur fond d’estuaire, puisque achevé le 6 décembre dernier, à Kermouster. Des pages qui nous poussent à regarder au-delà de la ligne d’horizon, pour aller au devant d’un futur proche

     Ce n’est pas la première fois que Guy Vallancien se fait écrivain, mais avec « Homo Artificialis »,* publié en janvier dernier, il plaide, avec force d’arguments, pour un humanisme numérique. Dans le domaine qui est le sien, il est à même de souligner ce que la chirurgie  doit au progrès de la technologie, mais autour du « billard » les robots n’arriveront jamais à se substituer à l’intuition, à l’expérience, à l’intelligence humaine.

     Les exemples qui appuient cette affirmation pullulent dans cet ouvrage tout à fait abordable du fait de la clarté de l’exposé. En voici un qui tient à la spécialité de son auteur, la lutte contre le cancer. Ici c’est un  robot répondant au nom de Zeus qui apporte son soutien, grâce à ses deux bras articulés télécommandés par des joysticks, pour une opération de la prostate. « Quand la dissection est facile, tout va bien : on suit le plan préétabli pour naviguer sur une mer plate, grand largue par force 2, sans courant. Que des difficultés surgissent (…) il faut alors inventer (…) abandonner le GPS pour naviguer à l’estime et réussir à tout enlever. Prise de ris, enroulement du foc, harnais bouclé : on entre dans le gros temps. (…) Dans ces situations hors normes, le facteur humain reste et restera prépondérant. » 

     Guy Vallancien utilise, ici, à bon escient, un langage qu’il maîtrise par ailleurs, puisque membre éminent de l’association Les Copains du Trieux. Mais il ne se contente pas d’une circumnavigation dans son bloc opératoire, il met cap grand large car les robots n’ont pas tous vocation à nous soigner.  Sedasys, le robot anesthésiste, ne peut nous faire oublier Atlas qui mime l’homme fait de chair, Sofia la femme qui possède le timbre et les inflexions de la voix humaine, Téo Tronico, le pianiste mécanique, Asimo, qui nous remplacera dans les tâches pénibles et dangereuses, Robear, l’ours aide aux personnes âgées, Jibo, qui peut, entre autres fonctions, raconter des histoires aux enfants dans les crèches. La liste ne fait que s’allonger de jour en jour. Demain le robot travaillera les champs autour du hameau, mais, si on partage la vision de Guy Vallancien l’agriculteur continuera à avoir la maîtrise de son destin et de nos paysages.

    Bienvenue aux « cobots » ! Vive l’Homo Sapiens !

     

    Homo Artificialis : un simple collaborateur.

     

    Guy Vallancien  le dit et le répète : le cerveau est d’une complexité telle qu’il n’y a pas lieu de penser que le pire arrivera. Le pire, ce serait la domination de l’Homo Sapiens par l’Homo Artificialis. Sa conviction est faite, le robot ne sera qu’un cobot (contraction de robot et de collaboration). L’Homo Artificialis ne sera qu’un Homo Auxilium, c'est-à-dire un simple collaborateur, certes de plus en plus efficace, mais rien qu’un assistant dépendant de son maître humain

     Le Kermoustérien de coeur  nous invite donc à rompre avec cette certitude hypnotique de certains experts en algorithmes, certitude selon laquelle la machine s’imposera à l’homme, augmenté ou non,  pouvant, même aller jusqu’à lui conférer l’immortalité. Ce livre est un acte de foi dans l’avenir d’un monde qui saura préserver l’essentiel, tout en continuant à faire confiance au génie humain. L’essentiel tient à ce que nous puissions construire un avenir où l’empathie restera à flot, comme le rêve et la poésie. L’altruisme ne sera pas lettre morte.

     Guy Vallencien n’hésite pas, au moment de conclure,  à prophétiser qu’un jour « viendra le moment de nous rassembler pour chanter et danser, tapant dans nos mains en cadence autour  d’un grand feu de bois sous les étoiles. » Sur la grève de l’île à Bois ?  A Goas Luguen ? A Pors Gwen ?  Pour contempler l’infiniment grand, quoi de mieux ?  

     Alors, comme Guy Vallencien, souhaitons la bienvenue aux cobots et vive l’Homo Sapiens !

     

     * Homo Artificialis, plaidoyer pour un humanisme numérique, par Guy Vallancien, Editions Michalon ; 195 pages ; 17 €

     * Je cherche à comprendre, mes codes caché de la nature, par Joël de Rosnay, Editions Les Liens qui Libèrent. ; 160 pages ;17,50 €

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