• Bach, par la voix du violoncelle

    Bach, l’incontournable, l’insubmersible, dans un monde, celui de la musique, en perpétuelle évolution, mais qui garde ses repères enracinés dans la mémoire collective. Johann Sebastian Bach, le patriarche d’une famille de grands compositeurs, le maître incontesté dans l’art de la fugue, du clavier, celui du clavecin, du piano et surtout celui de l’orgue. Bach J.S., un médium entre le croyant et son dieu, une musique transcendantale qui confine souvent au divin, mais qui émeut tout autant l’athée le plus ancré dans ses certitudes.

    Propos d’un fan, pour s’en tenir au langage d’aujourd’hui ? D’un inconditionnel ? D’un connaisseur ? Que nenni ! D’un quidam qui aime la musique dite classique, tout simplement !  Propos qui fait suite à un concert nous ayant offert l’opportunité d’écouter, à même la chapelle, les trois  premières des six suites pour violoncelle composées par ce génie du contrepoint, l’art de mélanger les lignes mélodiques.

    Bach, par la voix du violoncelle

     Le violoncelliste Aldo Ripoche, directeur du conservatoire de Saint-Malo, par ailleurs directeur musical de l’Académie Paul Le flem*, un nom qui a de la résonance dans le pays du Trégor, nous invitait, le jeudi 26 juillet, à nous mettre au diapason d’une œuvre que tous les grands violoncellistes de la planète se font un devoir d’interpréter.  Ces six suites sont leur Bible ! Un exercice de haute voltige qui ne peut s’accomplir qu’après de longues périodes de répétitions acharnées. Aldo Ripoche a su nous enchanter. Par l’excellence de son doigté. Et ce, malheureusement, devant un public restreint. Une vingtaine de personnes.

    Sous ce constat suinte le regret de voir que cette passion pour ce magistral compositeur, plaquée sur le seul violoncelle, n’enthousiasme guère les foules. Il est vrai, force est de le reconnaître, que ces suites pour violoncelle n’ont pas l’amplitude sonore des compositions pour orgue ou pour le chant choral du Kantor, le maître de chapelle de Leipzig.

    Ce n’est bien évidemment pas demain la veille que l’on installera à Kermouster un clavier surmonté de grands tuyaux sonores alimentés par une soufflerie. Par contre, ce modeste oratoire, qui est en capacité d’accueillir des chorales, offre également aux instruments à cordes un lieu bien proportionné et une acoustique de premier ordre. Le violoncelle d’Aldo Ripoche, un instrument conçu en l’an 2000 par le facteur Robert Souzac, alors Paimpolais, nous en a fait, à son tour, la démonstration. Sur un registre, mieux vaut le préciser, n’ayant aucun caractère religieux, car ces suites sont ordonnées autour de musiques profanes faisant référence à des danses (allemande, courante, sarabande, menuet ou bourrée, gigue)

    Bach, par la voix du violoncelle

    Insubmersible disions nous en préambule! Il aura quand même fallu un esprit éclairé, Félix Mendelshonn (1809-1847) pour sauver du naufrage l’œuvre de Johann Sebastian Bach (1687-1750). En permettant au public berlinois de redécouvrir La passion selon Saint Mathhieu, Mendelshonn a amorcé la réhabilitation du vieux maître. De son vivant, Bach n’aura été vraiment connu et apprécié que dans les états et principautés, survivance du Saint Empire germanique. Puis, bien qu’ayant toujours l’oreille des initiés, s’en suivra une longue période d’oubli.  Musique trop austère ? Trop savante ?

    Pour ce qui est du violoncelle, Bach, qui aimait pratiquer l’alto, doit cette réhabilitation au Catalan Pau Casals (1876-1973). Alors âgé de 14 ans et désormais entiché du violoncelle, le jeune prodige découvre en 1890, dans une boutique de Barcelone, non loin des fameuses Ramblas, les partitions des six suites. Une découverte qui va marquer toute sa vie. Il en mesure d’emblée l’intérêt. Il n’exécutera ces suites pour la première fois en public qu’après avoir passé une douzaine d’années à travailler ces partitions, selon lui, l’incarnation même d’une grande vérité musicale.

    Quand il compose ces suites, Johann Sebastian n’est pas encore le Kantor de Leipzig. Il est au service du prince Léopold, à Köten. Les convictions de ce prince calviniste limitent les compositions religieuses à leur plus simple expression. Bach passera six ans de sa vie, de 1717 à 1723, dans cette principauté. Une période qui va s’avérer propice à l’écriture de ce qui est aujourd’hui considéré comme ses plus grandes œuvres instrumentales, pour luth, flûte, violon, clavier « bien tempéré ». Ses six concertos brandebourgeois datent également de cette époque.  

    Bach, par la voix du violoncelle

    Bach a très peu composé pour le violoncelle solo. Ces six suites constituent l’essentiel. Il faut dire qu’à son époque le violoncelle n’a pas encore acquis ses lettres de noblesse. Six suites seulement, mais un sésame à posséder pour qui veut prétendre être maître dans l’art de faire vibrer les cordes de cet instrument.

    On ne peut que remercier Aldo Ripoche, dont le père, lui aussi violoncelliste, aura côtoyé Pau Casals,  d’avoir donné le meilleur de lui-même face à un public si peu fourni, mais visiblement conquis d’avance.

    A l’issue de ce concert, une question nous brûlait les lièvres : Paul Le Flem (1881 à Redon -1984 à Tréguier) a-t-il composé pour le violoncelle ? « La rêverie grise, une œuvre pour piano et violoncelle ou violon » répond Aldo Ripoche, ajoutant : « J’ai transcrit Les sept pièces enfantines, conçues initialement pour le seul piano. »

    On lui fera donc le (léger) reproche de n’avoir pas pensé à glisser quelques mesures de cette transcription dans le bis qui clôturera cette soirée d’enchantement. Lézardrieux aura été le terrain de jeu de Paul Le Flem durant toute son enfance.

     

    ·         L’Académie Paul Le Flem est un ensemble instrumental, créé en 1994, qui aborde le répertoire baroque et contemporain. Cette académie a pour but la création et la diffusion de musiques instrumentales et vocales. Elle choisit en priorité les compositeurs originaires de Bretagne et la musique française. Sans toutefois s'y restreindre !

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :